Du polar de François Guérif, entretiens avec Philippe Blanchet

Du polar de François Guérif, entretiens avec Philippe Blanchet

Ces entretiens sont absolument passionnants. Tout amateur de romans policiers devrait y trouver son compte sans problème. Une conversation entre Philippe Blanchet et le spécialiste du polar qui se lit avec avidité, une tasse de thé à portée de main. J'ai tourné les pages sans m'en rendre compte, prenant des notes des bouquins que François Guérif donne envie de lire.

Et pour débuter, quoi de plus naturel de nous parler du personnage emblématique de Sherlock Holmes ? C'est L'ultime défi de Sherlock Holmes de Michael Dibolin qu'il faut que je me procure ou bien dans un autre genre les livres de David Goodis (La nuit tombe et Sans espoir de retour) qui ont été, dans son parcours de lecteur un vrai choc. 

François Guérif nous raconte comment il a ouvert une librairie spécialisée dans le polar Le troisième Oeil, où les passionnés franchissaient la porte et les écrivains se rencontraient. Il parle de ses rencontres littéraires comme Robert Bloch qui a été victime d'une grande injustice selon lui. Pyschose livre a été étouffé par Pyschose film. Truffaut est coupable quand il dit à Hitchcock : "Vous êtes un génie, vous avez pris un matériau indigne et vous l'avez transformé en chef-d'oeuvre". D'ailleurs Bloch en avait gros sur la patate. Pourtant Hitchcock lui-même a déclaré plus tard que tout le film était dans le roman. 

Jim Thompson est pour lui un incontournable.  
J'aime bien citer Stephen King. Il dit en substance : "moi j'écris des livres d'horreur qui sont censés faire peut, et je peux vous dire que, quand on écrit ce genre de bouquins, il arrive toujours un moment où un mécanisme de blocage se met en place, qui fait que vous vous dites, non, il faut que je m'arrête, sinon ça va trop loin. Jim Thomspn, lui - Big Jim Thompson comme il l'appelle - ne s'arrête jamais. Il est le seul". Je crois que Stephen King a parfaitement raison. Thompson décrit une descente dans les tréfonds de l'âme humaine comme personne n'avait osé le faire avant lui.

François Guérif nous parle passionnément de ses débuts en tant que directeur de collection et éditeur. Sans oublier les problèmes de traductions des années 50/60 (il n'était pas rare que les romans édités à la Série noire par exemple soient largement amputés sans que cela pose le moindre problème) d'où la réédition par exemple aux éditions Rivages (dont il est directeur de collection) des romans de Jim Thompson (L'échappée).
 
J'ai aussi trouvé très intéressant les passages sur l'histoire et l'évolution du roman policier à travers les décennies, du noir américain en passant par le roman noir français des années 50/60 et le néopolar des années 70 notamment avec un auteur comme Manchette. L'arrivée de Jean-Patrick Manchette va faire l'effet d'une énorme claque  dans la gueule. Je confirme ! C'est bien ce que j'ai ressenti à la lecture de Nada! (à ce propos, je vous conseille cet essai pour les amateurs).

Du Polar, c'est aussi le portrait d'un éditeur.
Le rôle d'éditeur, c'est d'abord de bien lire une oeuvre, puis de savoir la défendre. De savoir faire partager son enthousiasme, et de la respecter, cette oeuvre. Rien ne m'agace plus que lorsque j'entends certains dire : "ah ouais, c'est un bouquin de serial killer...Le serial killer, ça marche..." Pour moi ça ne signifie rien. Est-ce que le bouquin est bien ? Est-ce que le type a une écriture ? C'est comme les mecs qui disent : "le bouquin nordique ça marche...Ouais, celui-là est moins bien, mais c'est un nordique..."C'est ridicule. C'est pathétique.

François Guérif passe en revue les écrivains qu'il publie et les relations d'amitié qu'il entretient avec eux : James Ellroy, Edward Bunker, John Harvey ou encore Robin Cook. Pour ce dernier, il s'arrête sur un de ses romans qui selon lui a marqué l'histoire du polar J'étais Dora Suarez dont on ne ressort pas indemne en tant que lecteur (là aussi, je confirme).

Il termine par ses mots :
Corneau, dans la préface qu'il m'avait écrite pour un bouquin sur le film noir américain, disait : "peu importe la sauce à laquelle on veut me la fourgue, SF, fantastique, épouvante, drame psychologique, au goût du jour, je ne dis jamais nous. Le polar est un virus qui s'infiltre partout, même dans les citadelles apparemment les mieux protégés." Je partage cette idée. En fin de compte, j'aurais tendance à faire la même remarque que Robin Cook : je me rends compte que, personnellement, 80% de ce qui m'intéresse dans mes lecture, c'est du roman noir.

Pour finir, le lecteur a droit au top 100 du spécialiste : "les polars de ma vie". J'irais piocher volontiers dedans!

Commentaires

Fabien MORISSET a dit…
Quel puits de science cet homme-là!!!