Le jour où j'ai rencontré David Vann


Automne 2009.

C'est l'histoire d'un bibliothécaire qui assiste à une rencontre avec l'éditeur Oliver Gallmeister de passage dans une librairie. Un homme passionné, qui ne se la joue pas éditeur parisien et qui donne très envie (évidemment) de lire tous les bouquins qu'il publie. Une jeune maison d'édition crée en 2005 qui commence à se faire repérer sur les étales des libraires. Ses livres sont de beaux livres, à la couverture soignée, avec une ligne éditoriale cohérente. Chez Gallmeister, on fait dans la Nature writing : la littérature de la nature et des grands espaces américains (ça c'est pour faire vite, pour en savoir plus, c'est ici). 

Alors forcément le bibliothécaire commence à bouquiner (c'est une partie de son boulot, bah oui, trop dure la vie), à découvrir le catalogue de l'éditeur et à en parler avec enthousiasme autour de lui, et à conseiller pleins de romans aux lecteurs de la bibliothèque dans laquelle il travaille.

Janvier 2010.

Il tombe sur Sukkwan island de David Vann. Et paf, la claque. La BIG claque même. Avec cette fameuse page 113 qui en a fait tomber plus d'un de sa chaise, en se disant : c'est pas possible, j'ai du loupé un truc. Autant vous dire que le roman est mis entre toutes les mains qui passent. Et puis rappelons le, Sukkwan island commence à trouver un très bel écho auprès du public français, remporte le Prix Médicis Etranger 2010 et lance la carrière de l'écrivain, jusqu'alors pas très connu dans son propre pays, les Etats-Unis.

Juillet 2014. 

"LE" coup de téléphone inattendu. En septembre, David Vann sera en tournée en France pour la parution de son nouveau roman (Goat Mountain) et avant de rencontrer le public d'une librairie, il est envisagé de faire une rencontre avec son éditeur dans la bibliothèque. Le bibliothécaire accepte illico et bondit de joie. Il ne se tiendra plus durant les deux mois suivants pour préparer la rencontre.

Les lecteurs de la bibliothèque (re)découvrent alors les romans légers de David Vann pendant leur été, allongés sur la plage (vous verrez madame, Impurs se lit tout seul, oui c'est une charmante histoire de famille avec une gentille maman et un fiston tout sage).

Fin août 2014.

"LE" coup de téléphone inattendu.
- Ah au fait, dernier point de détail pour l'organisation de la rencontre, l'éditeur viendra traduire comme prévu, par contre, il faudra que vous animiez la rencontre à défaut d'avoir un journaliste pour le faire. Nouveau challenge pour le bibliothécaire, qui accepte sans trop savoir où il met les pieds et surtout si il va faire l'affaire sur ce coup là.  

Septembre - Jour J
16h30. C'est l'heure de la rencontre. Le professionnel est tout heureux et un poil stressé d'interviewer l'écrivain. Il prend son micro comme un grand, tout en ne comprend pas pourquoi ses mains tremblent. 

Assister à une rencontre d'un écrivain, c'est (en général) l'assurance de découvrir de nouvelles portes d'entrée de son univers littéraire et de comprendre certains aspects de ses romans que l'on avait ignoré, ou pas forcément saisi.

 David Vann

Assister à une rencontre avec David Vann, c'est découvrir un homme lumineux qui vous parle de situations atroces qu'il a vécu en arrivant sans problème à vous faire sourire voire rire. Alors ok, les américains aiment faire leurs show, mais ici, la sincérité est indiscutable. 

Avoir eu cinq suicides et deux meurtres dans ma famille, c'est un bon départ et un bon matériaux pour écrire. (tu m'étonnes !!!)

Son histoire familiale, il s'en ai servi pour écrire, pour créer. Tout est fiction, invention, mensonge plait-il à souligner, avec le sourire aux lèvres. 
Le bibliothécaire-intervieweur ne peut que balbutier C'est fascinant ce que vous racontez...fascinant, tout essayant de reprendre le fils de ses questions (il est facilement impressionnable dans ces cas là).

David Vann sait parler de ses romans (ce qui n'est pas forcément donné à tous les écrivains, dont certains estiment qu'ils ont déjà tout dit dans leur œuvre). Alors oui, on sent qu'il a l'habitude de répondre aux questions, avec naturel. Mais on sent tout de suite qu'il aime donner. Et ça, c'est génial pour le public ! Mais plus un public trouve que les propos d'un écrivain coulent de source, plus en réalité, chaque mot a un véritable sens, et que tout a été analysé et réfléchi. 

David Vann et son éditeur français Oliver Gallmeister
Comme il l'avoue, c'est parfois le public par ses remarques qui lui donne d'autres pistes d'interprétations de ses romans. Notamment quand il s'aperçoit que finalement la religion est omniprésente dans tous ses livres (et notamment de manière très présente dans Goat Mountain).

La nature writing et la bonté du monde, finalement c'est pas trop son truc annonce-t-il. Il fait plutôt dans la tragédie. Décrire la nature oui, mais à partir de ce que les personnages projettent dessus. Les voilà prisonniers de celle-ci et mis sous pression sans échappatoire. 

Il parle aussi de la tradition des armes à feu aux Etats-Unis et les ravages de celles-ci. Les armes sauvent des vies !  Le public hallucine. (un conseil : lisez Dernier jour sur terre, et vous comprendrez mieux pourquoi ce récit est passé inaperçu aux Etats-Unis).

David Vann, a ses fêlures, comme chacun d'entre nous, mais a su les transformer en un sublime joyau, celui de l'écriture. Le public comprend alors mieux le pourquoi du comment de ses romans, pourquoi la famille c'est pas de la tarte, pourquoi aimer c'est aussi faire du mal.

David Vann nous éclaire aussi sur sa façon d'écrire. Il n' a pas de scénario précis avec un début et une fin prévus. Il se laisse porter sans savoir où cela le mène. C'est son inconscient qui parle. (Donc la fameuse page 113 de Sukkwan island, elle est arrivée comme ça sans prévenir...wouah !!!).

David Vann fut d'une grande générosité avec son public, d'une grande simplicité. Il fut très bien accompagné par son éditeur qui lui aussi prenait plaisir et jubilait déjà de la réussite de la rencontre.
   
Alors durant tout le temps de la rencontre, le bibliothécaire tente de poser ses questions qu'il a sagement préparé (bon apparemment il s'en ai plutôt bien tiré) et a parfois du mal à réaliser ce qui se passe, tellement il profite de ce moment unique. 

Autant vous dire que le bibliothécaire est comblé. Il se dit qu'il a eu bien de la chance de tomber sur un écrivain comme lui. Pourtant on l'avait prévenu (Merci Laurent !). Il est ravi de voir le public conquis et enthousiaste. 

Ce fut vous l'aurez compris une très belle rencontre, pleine d'émotions.

Commentaires

In Cold Blog a dit…
C'est beau, un bibliothécaire comblé, la nuit (et le jour aussi!).
Si d'aucuns en doutaient encore, les choses sont définitivement claires : tu as été sous le charme tout du long ;-)
Merci d'avoir partagé cette expérience avec nous.
Guillome a dit…
j'ai hésité un temps avant de relater cette expérience, de me mettre un peu à nu finalement....bref... Et oui si l'on ne comprend pas que j'ai été convaincu...je rends les armes ;-)
DURAND SEBASTIEN a dit…
Sympathique compte-rendu d'une belle rencontre ! tu m'a s donné envie de le lire ! Continue sur ta lancée et invite d'autres écrivains ! je t'embrasse et te félicite ! Sébastien PL
Guillome a dit…
merci Sébastien ! si l'occasion se présente, c'est évident que je tâcherais de recevoir d'autres écrivains !!! bon de là à les interviewé, c'est autre chose, et surtout un véritable métier !
manU B a dit…
Ahhh ! Depuis le temps que j’espérais ce billet, le voilà enfin !
Merci pour ce passionnant partage et bravo à toi. :)
Guillome a dit…
avec plaisir de partager ManU Et hâte de voir un billet sur ton blog sur "Goat Mountain" par exemple ;) hé hé hé bon dimanche !
krol a dit…
Je n'avais jamais lu ce billet, heureusement que tu as mis un lien sur mon blog ! Il est génial et poignant, du public, c'est exactement ce que j'ai ressenti ! Tes mains qui tremblent, et la voix aussi un peu... émotion, émotion...
Guillome a dit…
je pétochais à mort !!! mais ce fut un vrai plaisir de l'interviewer. Comme tu dis : émotions, émotions !
Nadine a dit…
Quelle chance Guillome, et quelle entrevue! J'aurais été tellement stressée!

« Avoir eu cinq suicides et deux meurtres dans ma famille, c'est un bon départ et un bon matériaux pour écrire ».

J’imagine que c’est ce qu’on appelle la résilience! J’ai été complètement charmée par la profondeur de l’homme derrière les mots. Maintenant, je me tourne vers ses autres livres, le prochain : Désolations. Il s’est tellement bien vendu au Québec qu’il est en rupture de stock, mais je devrais le recevoir tout bientôt. Je me réjouis!

Tu as bien fait de mettre le lien vers cette superbe entrevue. Je l’ajoute à mon billet avec plaisir!
Guillome a dit…
Désolations a une ambiance assez proche de Sukkwan island mais selon moi, il est plus convenu, moins surprenant. J'ai tout de même bien aimé.