Depeche Mode Delta Machine 2013

Quel superbe album que le nouveau Depeche Mode. Il est sombre, beaucoup plus sombre que les précédents de ce millénaire et c'est tant mieux. D'autant plus que les mélodies sont superbes et accrocheuses mais sous un angle différent, presque addictives comme une drogue interdite et disparue. L'édition Deluxe est sobre comme un livre et superbement illustrée de photos du célèbre et régulier partenaire Anton Corbijn. Additionnée d'un cd bonus de quatre titres.
Une fois passée la chanson de bienvenue qui donne le ton, on monte peu à peu vers le ciel noir du single Heaven. Il nous rapproche déjà de ce que le ciel permet. On atteint titre après titre jusqu'à Broken et là ça arrive. Ce sentiment de pénétrer dans la nuit, de marcher dans un étang de boue épais qui nous recouvre et dont on se délectera jusqu'au bout. Rêve et cauchemar mêlés. L'immense génie de Depeche Mode c'est de ne pas en rester là et de nous délivrer juste après The Child Inside. Et là on craque. Dans l'obscurité les larmes viennent et sont incontrôlables. C'est beau de pleurer à l'intérieur de cet univers bouleversant. De faire résonner cet enfant mort que nous portons tous en nous. Cette enfance ou cette adolescence qui vibrent encore en nous mais que nous muselons en général pour pouvoir survivre. On nous rappelle ici qu'ils ne sont pas morts mais en quelque sorte morts-vivants. Et avec leurs sonorités si particulières, si rares et si banales, ils reviennent à la vie. Ces états de croire que le monde peut être changé et en même temps qu'il court immanquablement à sa perte. Un lieu intérieur s'ouvre alors. Il est  à la fois connu (on se rappelle bien sûr Black Celebration et Music for the Masses) et inconnu, à la mesure des profondeurs finalement si simples et si sombres de notre âme. 

Il faut écouter ces deux titres l'un après l'autre afin de ressentir cela. Les mots écrits ne suffisent pas à en rendre compte. Parce que oui, il y a ici de l'ineffable et de l'indicible.




Alors? Troublante expérience n'est-ce pas? N'hésitez pas à commenter et à partager vos émotions pour ce disque qui les mérite véritablement.

Joyeuses Pâques!


Joyeuses Pâques depuis l'Avenue avec un oeuf de lapin 
dans un bol girafe pour bien commencer le weekend.

Maria de Kazuo Kamimura (1)


Voici un nouveau manga de Kazuo Kamimura que nous avions découvert avec Lorsque nous vivions ensemble. Nous voici replongé dans le Japon des années 70. Maria est une nouvelle élève d'une école privée de filles. Une histoire initiatique où elle va croiser l'amour tant avec des hommes qu'avec des femmes.


Un premier tome éblouissant où l'amour et la mort se croisent pour le pire et le meilleur. Dans les épreuves, Maria trouvera le désir, comprendra le sens du mot vivre sans se laisser dicter son avenir par qui que ce soit. 

A la fois sensuel, cru et poétique, Kazuo Kamimura s'attaque aux tabous de l'époque (inceste, homosexualité, suicide, euthanasie) avec un immense talent. Un dessin rétro sublime. C'est indéniablement mon coup de coeur de ce début de printemps.


Sanzen sekai no karasu wo koroshi
j'aimerais tuer tous les corbeaux de l'univers

Un très bel article à lire ici

Emmaüs de Alessandro Baricco

Emmaüs de Alessandro Baricco

Il sont quatre amis de 18 ans : Luca, Bobby, le Saint et le narrateur. Quatre jeunes italiens catholiques qui paraissent aux yeux des adultes bien sages en allant à la messe le dimanche ou en allant visiter les malades d'un l'hôpital. Quatre jeunes hommes qui vont perdre de leur candeur avec l'arrivée d'une très belle jeune fille, Andre. Chacun va être fasciné, attiré par cette démone qui va leur faire tour à tour perdre la tête. Les conséquences pour chacun d'eux se révélera dramatique.

Premier roman d'Alessandro Baricco que je lis (Merci Carole!). J'ai été captivé par cette lecture. Un roman initiatique que l'on a du mal à situer dans le temps. Il pourrait se dérouler aussi bien dans les années 60 (ce qui me plait à croire) qu'à notre époque.

Ces jeunes garçons voient leurs valeurs chrétiennes voler en éclat avec l'apparition d'Andre, véritable source de fantasme. Les certitudes s’effondrent, l'amitié entre eux se fissurent. Les repères tombent. Alessandro Baricco réussit brillamment selon moi à décortiquer cette croyance mise à mal. Les références bibliques sont nombreuses, sans être pesantes. Au contraire, elle éclairent les réactions et les sentiments des garçons face à leur foi, à des notions comme la rédemption ou le rapport au corps. Leur naïveté est contrebalancé par leurs pulsions et leurs premières découvertes de la sexualité. Cette religion apparaît alors comme aliénante, frustrante et hypocrite. La confrontation à la vie, à la chair sera d'autant plus violente voire dramatique pour certains.

Au-delà de l'histoire, j'ai été séduit par cette écriture. Ce roman par sa thématique m'a fait pensé à un autre roman Terrain vague, de l'italien Sandro Veronesi.

Sorties poche 2013

A l'occasion de leur sortie en poche, voici d'anciennes chroniques de romans que j'avais lu lors de leur parution en grand format, republiés ici. Bonnes (re)découvertes! 

La grand-mère de Louis, est veuve et se remarie à un vieillard très fortuné. Sa fille observe le futur héritage de sa mère avec convoitise. Mais elle ne semble pas être la seule à roder autour...
Le cinquième roman de Tanguy Viel est un roman familial construit comme un roman policier, avec une intrigue sous-jacente et de nombreux flashbacks. Des rapports familiaux conflictuels, une touche d’hypocrisie, une dose d’humour et de méchanceté, le tout saupoudré d’une machination machiavélique et vous obtenez un roman jubilatoire qui se lit malheureusement trop vite.
(sortie poche le 07 mars 2013) 

C'est l'histoire d'un jeune boxeur, Tony. Alors si comme moi, la boxe n'est pas votre tasse de thé, ici peut importe. Dès les premières lignes, on est sur le ring avec lui. On ressent toute l'adrénaline que ça lui procure. Je me suis mis à contracter les muscles de mes mains qui tenaient le livre quand celui-ci était sur le ring face à son adversaire. On a qu'une envie : que Tony réussisse dans sa carrière. 
Surtout que dans un mois, c'est son premier match "pro". Il est à un tournant de sa vie, et son oncle ne manque pas de lui rappeler. C'est lui qui l'a fait monter sur un ring étant gosse quand il se prenait sans cesse des trempes par d'autres gamins de la cité. La boxe, pour se défendre, s'endurcir et avoir un but dans la vie. La boxe qui pendant toutes ces années l'a éloigné des autres mecs de la cité, des trafics de drogues et des problèmes.
Mais tout va partir en vrille lorsque Tony décide de venger sa mère. Une mère qui se prostitue et qui un jour se fait un peu trop tabasser. Tony sait qu'en faisant appel à Miguel, un mafieux d'une autre cité, il va payer le prix fort. Pris dans l'engrenage de devoir payer sa dette, ses rêves d'un avenir meilleur s'envolent.
Conçu comme une trilogie, on retrouve dans ce deuxième volet la même descente aux enfers d'un mec sans histoire dans le milieu de la cité que dans Paris la nuit. Jérémie Guez sait parfaitement tenir son lecteur sous tension sans le lâcher une seule seconde. L'écriture est simple, directe, nerveuse et efficace.  Un très bon roman noir avec des personnages profonds et hautement crédibles.
Jérémie Guez continue à nous emmener dans un le Paris de la nuit. Après un entraînement ou un match, Tony prend sa moto pour rouler à toute vitesse sur le périph. Échappatoire qui lui permet un instant d'oublier cette cité étouffante. Mais sortir de son quartier et de ses codes, c'est devenir vulnérable. C'est d'ailleurs ce que le lecteur pressent assez vite : une chute qui va faire mal, très mal.  
(sortie poche le 13 mars 2013)

Le roman se déroule sur une journée pour ces deux personnes au bord du gouffre. Deux solitudes qui vont finir par se rencontrer. Philippe Besson évite le côté larmoyant et pleurnichard, malgré quelques scènes clichées que l'on pardonnera facilement. Il ne cède pas non plus à une fin facile et attendue.   
Si ses deux précédents romans m'avaient laissé un peu sur ma faim, Philippe Besson revient avec force. Cette fois-ci, il prend son temps avec ses personnages. Raconter le mal être, souligner les fêlures avec délicatesse et sensibilité, l'écrivain en a fait “sa marque de fabrique”. Ce fut un réel plaisir de retrouver cette écriture si fluide et évidente. 
Philippe Besson a ce talent de mettre en mots nos pensées les plus intimes, les détails du quotidien à priori sans importance mais qui sont de véritables révélateurs de nos attitudes et de nos actes.
Au final un roman à ranger, selon moi, parmi les meilleurs de cet auteur.
(sortie en poche le 03 janvier 2013)

Dans cette histoire, nous avons à faire tout d'abord à Fabrizio Ciba, jeune romancier à la mode, très égocentrique et imbu de lui-même. Celui-ci décide de se rendre à la fête du miliardaire Sasa Chiatti, annoncée comme la fête du siècle qui s'annonce grandiose et où tous les people sont invités (écrivains, joueurs de foot, artistes, stars, journalistes, mannequins...). Le deuxième personnage du roman s'appelle Saverino Moneta, dit Mantos. Lui n'est pas invité à cette fête. Il est le leader d'une secte satanique, rejoins par trois autres membres, embauchés en tant que serveurs. Ils veulent faire parler d'eux pour être enfin reconnus par les autres sectes d'Ttalie. Leur plan : décapiter une chanteuse sur scène. Mais évidemment rien ne s'annonce comme prévu...
Si vous admettez de vous faire embarquer dans cette histoire loufoque, vous partez pour des éclats de rire et vous irez de surprises en surprises. Ammaniti ne semble rien s'interdire, dépeint une société italienne en à bout de souffle, épingle tout le monde (presse, télé, politique...) et s'en donne à cœur joie. Son scénario part en sucette et son imagination n'a pas de limites. 
Ici, place au divertissement. Ammaniti maîtrise des dialogues drôles et percutants digne d'une véritable comédie au cinéma. Écrire un roman drôle n'est pas un exercice facile mais selon moi, il relève brillamment le défi. Ce roman m'a rappellé ses première nouvelles Dernier réveillon et autres nouvelle cannibales que je vous conseille vivement.
(sortie en poche le 07 février 2013) 

Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré.
Les premières pages commencent directement par la construction de cette cabane sous une forte tempête sur Caribou island. Le décor est planté, l'ambiance aussi. L'auteur ne se contente pas de rester sur l'île mais s'attarde sur plusieurs histoires, celles de la fille d'Irène et de Gary, Rhoda et celle de son mari, Jim.
La lecture de ce roman devient vite oppressante. J'y ai retrouvé le même sentiment que j'avais éprouvé à la lecture de Sukkwan island : on sent bien que quelque chose ne va pas chez les personnages au bord du gouffre, prêts à éclater, à changer de peau. Et ça va crescendo. Plus on avance dans le roman, plus on étouffe.  
Alors que Sukkwan island faisait place à l'action avec très peu de temps mort, David Vann préfère ici prendre son temps. Il rentre profondément dans la psychologie de ses personnages. Et c'est plutôt réussi (parfois un peu trop appuyé à mon sens). Des personnages aux abois, qui regardent sans cesse vers le passé. Peur de l'avenir et de reproduire le schéma familial. Que des réjouissances je vous dit ! Leurs histoires et les situations dans lesquelles ils sont confrontés frisent parfois les clichés. Mais ces événements permettent de faire ressurgir la vérité qui ne voulaient pas voir et les prises de conscience éclosent enfin (pour certains seulement).
Il ne faudrait pas oublier la nature qui au-delà d'être un décor pèse sur cette histoire, est indéniablement un personnage à elle toute seule. Sans parler de cette cabane, véritable refuge et révélateur.
Plus on avance dans le roman, plus on étouffe, au même titre que les personnages. David Vann n'épargne ni ses personnages ni son lecteur. Il s'autorise quelques moments plus lumineux, voire drôles. Mais le pessimisme, le mal-être  restent les maîtres mots de ce roman. 300 pages de noirceur sans grande issue de secours.
(sortie en poche le 03 janvier 2013)  

Le Poulpe est pour 15 jours en Thalasso, du coté de Font-Romeu, pour soigner une vilaine sciatique, tandis qu’à quelques kilomètres s’entrainent les athlètes qui iront bientôt défendre les couleurs de la France aux Jeux Olympiques. Lors d’une ballade en montagne, Gabriel assiste à une scène hallucinante : un grand gaillard aussi noir que nu dévale à fond de train un sentier pentu qui se termine par un ravin... Pendant ce temps là, à Paris, Chéryl qui tentait de retrouver la trace de Laetitia, une amie qui n’a plus donné signe de vie depuis une semaine, se réveille à l’hopital. Elle a été droguée, violée et laissée pour morte sur un trottoir du 7e arrondissement. Quelques jours plus tard, Chéryl apprend que le corps de son amie a été retrouvé enterré dans un coin de forêt. Nos tourtereaux, qui s’écrivent mais se gardent bien d’inquiéter l’autre en lui racontant ses mésaventures, se lancent chacun de leur coté dans une petite enquête.
Si vous voulez rire, allez y les yeux fermés !
Sophie Couronne et Caryl Ferey se sont bien amusés dans cette nouvelle aventure du poulpe et ont du prendre beaucoup de plaisir à l’écrire. Les lettres échangées entre Gabriel (en Thalasso) et Cheryl (en séjour à l’hôpital) sont savoureuses. Le lecteur ne cesse d’avoir le sourire aux lèvres. Cependant la noirceur pointe son nez avec des pics lancées ça et là contre notre société. Le milieu sportif de haut niveau s’en prend plein la figure avec une scène finale déjantée ! Un véritable régal ! 
(sortie en poche le 17 janvier 2013)  

La vallée du yaak est un lieu magique. Elle se déploie sur une bande étroite qui sépare les montagnes abruptes et glacées du Nord des Rocheuses des forets humides du Pacifique Nord-Ouest. Si elle n'a pas pu obtenir un statut officiel de zone protégée, elle demeure une contrée sauvage, la plus sauvage, à bien des égards, de toute la partie continentale des Etats-unis.

Une chose est certaine : en refermant ce livre, on a envie de prendre l'avion et de visiter cette vallée unique, un des derniers endroits "vierges" du globe. Rick Bass sait indéniablement nous faire partager son amour pour cette région qu'il a découverte il y a plus de 25 ans. Il nous raconte son arrivée dans la vallée avec sa femme et son coup de coeur immédiat pour la région.
Le lecteur suit Rick Bass dans ses promenades, écoute avec lui le bruit des arbres et des rivières. Le respect des animaux et la communion qu'il a avec eux sont fascinants.
Rick Bass est aussi un homme engagé qui ne cesse depuis des décennies d'envoyer des lettres au congrès afin que celui-ci classe la région en espace naturel protégé.
(sortie en poche le 05 avril 2013)  

La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel

La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel

4 ans après Paris-Brest, Tanguy Viel revient avec un nouveau roman publié aux Editions de Minuit. Rare sont les écrivains dont j'achète les yeux fermés leurs romans sans même savoir si le sujet me plaira. Le seul problème avec cet écrivain, c'est que ces romans se lisent trop vite! Avalé donc en quelques heures avec délectation.

Tanguy Viel a ce talent de dérouler ses pensées, comme s'il nous parlait face à face "par écrit". Et c'est là tout le travail d'écriture qui rend cette fluidité si naturelle.

Récemment, comme je faisais le point sur les livres que j'avais lus ces dernières années, j'ai remarqué qu'il y avait désormais dans ma bibliothèque plus de romans américains que de romans français. Pendant longtemps pourtant, j'ai plutôt lu de la littérature française. Pendant longtemps, j'ai moi-même écrit des livres qui se passaient en France, avec des histoires françaises et des personnages français. Mais ces dernières années, c'est vrai, j'ai fini par me dire que j'étais arrivé au bout de quelque chose, qu'après tout, mes histoires, elles auraient aussi leurs place ailleurs, par exemple en Amérique (...) 

Le roman commence par ses mots. Tanguy Viel nous dévoile son travail d'écrivain en nous parlant d'un livre qu'il est en train d'écrire et dont les personnages et l'intrigue se passent aux Etats-Unis. Il nous explique ses choix de lieux, d'intrigue, dans quel ordre il désire présenter ses personnages, ses doutes vis-à-vis de la perception qu'aurait le lecteur avec tel ou tel scénario. Cette mise en abîme est très réussie de mon point de vue. Une sorte de making off qui serait aussi intéressant que le roman lui-même. 


Tanguy Viel m'a une nouvelle fois conquis en offrant un hommage ludique au "roman américain" en citant ses lectures sans être pompeux (Phlip Roth, Joyce Carol Oates, William Faulkner...et j'en oublie) en utilisant habilement les clichés sur ce que doit comporter impérativement un roman américain selon lui (une histoire d'adultère, un prof de fac notamment). Il n'hésite pas à donner son avis en tant qu'écrivain français avec malice et amusement. C'est là aussi que réside le tour de force : instaurer une connivence subtile avec son lecteur, partager avec lui ses remarques sur ces américains qui à l'inverse des français arrivent à écrire de "vrais romans internationaux".
   
Pour ce qui est du titre donné au roman, Tanguy Viel s'en sort avec une belle pirouette à la fin de son roman. C'est plutôt bien vu. Très bien même.   

Les garçons de la bande de William Friedkin

Les garçons de la bande de William Friedkin dvd

Voici un film que nous avons découvert récemment (merci Babette!!!). Un film époustouflant qui nous a beaucoup touché. Les acteurs sont remarquables, l'histoire profonde et d'une grande justesse. On aurait aimé avoir dans les bonus du dvd la pièce de théâtre dont est adaptée le film. Ci-dessous un copié-collé de l'article du magazine Tétu.

Ce long métrage, méconnu en France, est presque à lui tout seul un pan de l'histoire de l'homosexualité américaine. S'il s'agissait à l'origine d'une pièce de théâtre, c'est la version du film choral réalisée par William Friedkin qui ressort dans une édition vidéo impeccable enrichie d'un documentaire sur l'histoire et l'influence de l'oeuvre.

Tiré d'une pièce de théâtre écrite par Matt Crowley (qui écrira dans les années 80 les meilleurs épisodes de L'amour du risque) est un portrait croisé d'un groupe d'amis new yorkais au cœur d'une fête d'anniversaire qui va virer au règlement de compte. Le réalisateur du film, c'est William Friedkin, un génie du film d'action (French connection, Police Fédérale Los Angeles) et de genre (L'exorciste). Quelques années plus tard, il mettra en scène le très controversé, et pourtant culte, Cruising, plongée érotico troublante dans l'univers SM new yorkais, que James Franco vient de revisiter en se servant des scènes coupés par la censure....

Les garçons de la bande n'aura pas toujours, lui non plus, bonne presse auprès des mouvements gays américains. On lui reprochera son côté lamentard, ses «drama queens» ou des répliques comme «un gay heureux est un gay mort». 42 ans après sa sortie, l'on redécouvre un impressionnant témoignage, quasi sociologique, sur les gays de l'Upper East Side, divisés entre les prémices de la libération sexuelle et le poids du regard de la société.

La sortie de ce film en DVD est accompagnée d'un fantastique bonus, le documentaire tourné en 2009 qui revient sur la genèse de la pièce, son adaptation au cinéma, et sur l'aura de cette œuvre qui aura marqué toute une génération de gays anglo-saxons. Avec en prime, le témoignage de l'auteur lui-même, des comédiens de la pièce, et du film, qui - pourtant célébrés pour leur interprétation – auront dans leur grande majorité un mal fou à faire carrière ensuite. Car étiquetés «gays». La plupart d'entre eux sera emporté par le Sida quelques années après...

Les garçons de la bande - Edition Carlotta (qui continue à faire un travail remarquable de restauration)




Allez faire un tour du côté de Gay Cultes qui en parle aussi : c'est ici.