L'incivilité des fantômes de Rivers Solomon


Le festival des Utopiales de Nantes nous ont marqué par des envies de lectures nombreuses dont celle ci apparaît comme une figure de proue.


Ecrite par une personne transgenre noire américaine, cette science fiction magistralement dépeinte nous raconte l'histoire d'Aster.

Dans un vaisseau spatial colossal, l'humanité cherche une terre plus hospitalière que celle, en ruine, qu'elle a quittée il y a fort longtemps. A l'intérieur, des ponts se sont organisées, comme autant de strates qu'il y a de lettres de l'alphabet. Avec en bas, les plus pauvres et les plus noirs et en haut les plus riches et les plus blancs.

On suit les aventures de cette femme à la peau matte notamment sur le pont Q. Celle-ci sait soigner et connaît plusieurs formes de sagesses anciennes que sa mère, décédée, et sa tante (cuisinière entre autres) lui ont transmises. La dédicace qui précède le premier chapitre prend son sens très vite : "A ma mère et à sa mère et ainsi de suite jusqu'à Eve". De générations en générations les femmes vont imaginer des solutions pour contrer le racisme, la violence, l'ignorance.

En créant une langue remplie de secrets, voire même une infinité de langues qui se mélangent d'un pont à l'autre, le roman nous fait entrer dans une profondeur poétique incroyable. Dans le même temps, la violence est omniprésente et celle que les hommes infligent aux femmes est quotidienne. Les plus pauvres d'entre elles travaillent aux champs, cultivables grâce à la chaleur faiblissante d'un petit soleil artificiel dont l'énergie diminue progressivement. Et tout en bas, il fait un froid glacial et les plus défavorisés peinent à survivre.

Grâce aux carnets que sa mère a laissés derrière elle, Aster entrevoit une manière nouvelle de décoder les signes et peut-être d'envisager un espoir au milieu de cette obscurité insondable. 

Très lentement, on se dirige ainsi vers une fin ineffable et bouleversante.

Ces fantômes vous accompagneront longtemps. Car même s'ils sont dans l'espace, ils nous parlent de nous sur la terre ferme.

Ce livre, c'est un cri dans la nuit. Inoubliable.

L'incivilité des fantômes - Rivers Solomon - traduction de l'américain par Francis Guévrenont - Aux Forges de Vulcain - 2019

La sagesse d' Animal Crossing


Mon amie grenouille philosophe de bon matin. L'humour et la gaieté d'Animal Crossing sont toujours irrésistibles. Vivement le 20 mars 2020 pour de nouvelles aventures sur Nintendo Switch. Elle semble déjà bien connaître les goûts littéraires et les loisirs préférés sur l'Avenue.


L'art du suspense : mode d'emploi par Patricia Highsmith


Il y a trois ans, je m'étais acheté Le meurtrier avec la perspective de le lire dans le train de retour d'un voyage. Finalement ce n'est qu'à la fin de novembre dernier que je me suis plongé dans ce livre. 

A chaque lecture d'un roman ou d'une nouvelle de cet écrivain, je prends un grand plaisir de lecture. Patricia Highsmith, c'est une atmosphère, un rythme plutôt lent, une aventure psychologique et des personnages troubles. 

Après avoir refermer le livre, je me remémore ses livres lus, avec l'envie d'en relire...et de m'intéresser d'un peu plus près à son essai : L'art du suspense : mode d'emploi dont la première édition date de 1966.

Après l'avoir déniché en occasion sur le net, me voici avec la version française publiée en 1987 avec une postface "française" de l'écrivain. Plongée directe dans la cuisine interne et la tête de l'écrivain qui se prête au jeu de la demande de son éditeur, celle d'expliquer comment écrire un roman à suspense (genre à part entière aux Etats-Unis à l'époque). Elle déroule les différentes étapes de l'écriture d'un roman dit à suspense : germe de l'idée, la première page, le déroulement de l'histoire, le premier jet du roman, le découpage, le rythme, les corrections...

Elle prend en exemple plusieurs de ses romans qui lui ont demandé du fil à retordre et comment tel ou tel livre a été perçu par la critique. 

N'oublions pas qu'elle a commencé à écrire et à être publié aux Etats-Unis avant de s'établir en Europe. On perçoit ainsi les demandes et les visions différentes de ses éditeurs, l'évolution de l'édition et le goût des lecteurs de l'époque. Le roman policier étant considéré comme un genre mineur comparée à la littérature générale, l'exigence littéraire pour un roman dit à suspense était moindre. Elle met aussi en garde les problèmes financiers que chaque personne qui se lance dans l'aventure va rencontrer : avoir une activité professionnelle à côté est quasi indispensable pour vivre. De ce point de vue là, rien a changé aujourd'hui je pense, sauf exception.

Patricia Highsmith qui balance d'un revers de la main les étiquettes qu'on lui colle s'en donne à coeur joie pour insister sur l'état d'esprit primordial dans lequel chaque écrivain (de roman policier ou autre) devrait être. Les doutes, les découragements, les refus éditoriaux qu'il devra affronter. Elle de manque pas de souligner l'importance du travail personnel, la discipline requise, le besoin de solitude pour écrire, sans oublier le fait que finalement l'esprit de l'écrivain ne s'arrête jamais.

Ce mode d'emploi, qui en réalité n'en est pas vraiment un, fourmille de détails, de ressentis, d'expériences personnelles qui permettent au lecteur d'en apprendre davantage sur la personnalité de l'écrivain qui pour ma part m’interpelle voire me fascine dans ce qu'elle a à dire à travers son œuvre.

Un essai qui donne envie de prendre un stylo et un cahier et de commencer à écrire pour le plaisir. Car comme elle nous le rappelle, le plaisir est primordial pour écrire un livre. Dans tous les cas, j'ai pris un grand plaisir à parcourir cet essai que je relirais j'en suis certain.

L'art du suspense : mode d'emploi - Patricia Highsmith - Calman-Levy - 1987