Emmanuelle Riva - Hiroshima mon amour



Emmanuelle Riva vient de mourir. Mais ses rôles sont éternels et cette scène notamment : inoubliable! Que l'au-delà lui offre le meilleur car on lui doit tant. Sa bonté reste un exemple précieux. Son talent aussi. L'étincelle dans ses yeux jusqu'au bout. Merci à cette grande dame de nous avoir tant donné avec une classe folle.

Film noir - Cycle Robert Wise


Après Robert Siodmak et Otto Preminger, poursuivons notre exploration des films noirs avec une sélection de 5 films de Robert Wise, le réalisateur de West Side Story

Robert Wise - Fiche IMDB

Né pour tuer (Born to kill) Robert Wise 1947
Nous  avons gagné ce soir (The set-up) 1949 *
Je veux vivre (I want to live) 1958 
La maison sur la colline (The house on Telegraph Hill) 1951
Le coup de l'escalier (Odds agains tomorow) 1959 *

* Top Film noir de l'Avenue


Helen Brent quitte l'hôtel dans lequel elle séjournait peu après que les lieux aient été le théâtre d'un mystérieux double homicide. Dans son train la ramenant vers sa famille et son mari, elle fait la connaissance d'un inconnu étrange et agressif. Pourtant, la jeune femme tombe sous son charme et décide de le revoir. Celui-ci finit même par rencontrer sa famille. L'homme parvient à séduire la demi-soeur d'Helen...

La critique de DVDClassik




Bill Thompson, un boxeur sur le déclin, doit se coucher lors d'un combat. Mais dans un sursaut d'orgueil, il fait volte-face et met son adversaire au tapis. Il doit maintenant faire face aux conséquences.

La critique de DVDClassik



Accusée d'un meutre qu'elle n'a pas commis, Barbara Graham est condamnée à mort. Seul contre tous, le journaliste Ed Montgomery défend Barbara. Mais l'issue de son combat est tragique.



Prenant à sa demande l'identité de sa meilleure amie décédée, Victoria Kowelska assure l'éducation de son enfant. Très vite, elle soupçonne son compagnon de vouloir la suprimer. Celui-ci boit le poison qu'il lui destinait. Accusée de meurtre, Victoria doit prouver son innocence.

(film ajouté le 19 février 2017)
Le coup de l’escalier (Odds against tomorrow) Robert Wise 1959


Dave Burke, ancien policier, prépare un casse de banque. En s'associant avec Ingram et Slater, tout semble marcher comme sur des roulettes, mis à part un détail : Slater est raciste, Ingram est noir... 

Le plus assourdissant dans ce film qu'admirait Jean-Pierre Melville, ce ne sont pas les coups de feu mais les frappes violentes d'un musicien sur un xylophone, les hurlements de joie et d'horreur de gamins perchés sur un manège, la musique du pianiste Jaohn Lewis. (Libération)

La critique de DVDclassik

Le film noir sur l'Avenue...

Manchette - Tardi : l'intégrale

Manchette - Tardi : l'intégrale - Editions Futuropolis - 2016

Moi qui projetais d'acheter les trois adaptations des romans de Jean-Patrick Manchette en bande dessinée par Tardi...Et bien je suis bien content d'être tombé sur cette intégrale parue en novembre dernier chez Futuropolis.

Cette intégrale préfacée par François Guérif, commence par l'excellent Griffu ,que je ne connaissais pas. Griffu n'est pas une adaptation d'un roman mais une bande dessinée scénarisée par Manchette. Elle fut pré-publié en feuilleton dans BD, l'hebdo de la BD d'octobre 1977 à avril 1978. Casterman la rééditera en 1996. 

Griffu est un thriller ultrarapide, délibérément un exercice de style (je tâche de récupérer l'ambiance d'En quatrième vitesse d'Aldrich), plein de gnons, de bagnoles, de coups de feu, d'alcool et de copulation...rien que du bon, rien que du naturel (...) (dixit Manchette dans une lettre datées d'août 1977 à son ami Pierre Siniac). 

Tardi adaptera en 2008 Le petit bleu de la côte ouest, en 2010 La position du tireur couché et en 2011 Ô dingos, Ô châteaux ! 

Il y a quelques années lorsque j'ai lu les bandes dessinées de Tardi, je dois bien avouer que je n'aimais pas beaucoup son dessin. C'est en les relisant que j'ai finalement apprécié son style graphique.

Quand j'adapte Manchette, je ne change rien. J'ai le plus grand respect pour son texte. L'écriture de Manchette donne une définition du personnages dans ses habitudes, son environnement. Toutes ces indications nous le font connaître, le sentir véritablement. Les personnages de Manchette sont dans leur logique.

La fin de l'ouvrage propose 21 planches inédites (sur la soixantaine prévues à l'origine) du roman Fatale que Tardi et Manchette avaient commencé à adapter sans finalement le terminer. Ils se retrouvaient dans un bistrot, et face à face ils travaillaient : Il me racontait l'histoire, je faisais le découpage (...) Il repartait à la fin avec mes deux pages découpées qu'il dialoguait. 

Tardi abandonnera rapidement Nada (une planche dessinée) avant de se tourner sur La position du tireur couché.  

Pour Manchette, le roman noir était une littérature populaire qui, sous prétexte de raconter des histoires divertissantes, permettait de glisser quelques éléments susceptibles - avec un peu de chance - de faire réfléchir le lecteur. Je me retrouve complètement dans cette démarche avec la bande dessinée. (Tardi)

D'autres romans de Manchette ont été adapté par Max Cabanes :
La princesse de sang : tome 1 - tome 2
Fatale et prochaînement Nada...j'ai hâte.

Manchette - Tardi : l'intégrale - Editions Futuropolis - 2016

La méditation avec Jonathan Lehmann


L'année dernière, nous avons écouté sur l'application de Insight Timer des méditations en français de Jonathan Lehmann. Des méditations qui ressourcent, qui parlent à chacun d'entre nous de par les thématiques variées qu'il aborde.

Sa chaîne youtube vous permet de découvrir ses vidéos de méditations ainsi que les expériences qu'il partage. Vous pouvez aussi le suivre sur sa page facebook, Les antisèches du bonheur et sur son site.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

Article 353 du code pénal - Tanguy Viel - Editions de Minuit - sortie le 03 janvier 2017.

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit. (résumé éditeur)

Tanguy Viel est un des rares écrivains dont j'achète les livres à leur sortie les yeux fermés. Une fois de plus, j'ai été saisi par son écriture qui lui est si propre. Tanguy Viel écrit comme un long travelling de cinéma. Une écriture fluide, travaillée...le plaisir et l'amour des mots avec lesquels il joue.

De belles images, des métaphores qui naissent dans la bouche du narrateur au fur et à mesure qu'il raconte son histoire au juge. Ses pensées se déroulent comme une évidence, couchées sur papier. Ce monsieur "tout le monde" que le lecteur a sous les yeux et qu'il voit tomber dans le piège. Les paroles, les phrases font mouches, sont d'une justesse implacable, d'un ironie mordante. Chaque mot est pesé, à sa place, à la virgule près.

Du grand art.

Tanguy Viel reprend les codes du polar pour débuter son intrigue et nous tient en haleine jusqu'à la fin. Une histoire qui monte en crescendo jusqu'à un bouquet final inattendu qui vous fait dire que l'auteur maîtrise absolument tout et qu'une fois de plus, il nous a bien eu.

Brillant.

Un passage du roman sur les liens entre le narrateur et son fils; qui m'a ému :

Maintenant je sais, monsieur de juge, je sais comment on transmet tant de mauvaises choses à un fils, si sous l'absence des phrases il y a toujours tant d'air chargé qui va de l'un vers l'autre, selon cette porosité des choses qui circulent dans une cuisine le soir quand on dîne l'un en face de l'autre, et que peut-être, dans la trame des jours qui s’enchaînent, tous ces repas où il m'a raconté sa journée de collège et le métier qu'il voudrait faire plus tard, tous ces soirs où je ne l'écoutais pas vraiment, cela, croyez-moi, ça travaille comme une nappe phréatique qui hésiterait à trouver sa résurgence. Et vous, père en forme de rocher absent, ce n'est pas la peine d'essayer de mentir, ce n'est pas la peine de dire "si, bien sûr, je t'écoute" parce qu'il sait, n'importe quel enfant sait parfaitement si on n'écoute pas, si on refait à l'infini je ne sais pas quelle boucle dans son esprit, comme une vitre devant les yeux, qui vous sépare du monde et alors, à mesure que votre pensée a l'air de vous emmurer, votre enfant, vous ne le savez pas encore, vous l'abandonnez sur place. (pages 92 et 93).

Article 353 du code pénal - Tanguy Viel - Editions de Minuit - sortie le 03 janvier 2017.

La femme-serpent de Kazuo Umezu

 La femme-serpent - Kazuo Umezu - TRaduit du japonais par Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir - 2017.

Notre première rencontre avec Kazuo Umezu, considéré comme le créateur et le maître du manga d'horreur, remonte à notre lecture de L'école emportée en 2004. 

Glénat a continué après cette série culte à publier Baptism en 2006. Et puis plus rien. Il faudra attendre presque dix ans avant que Le lézard noir publie pour notre plus grande joie un premier recueil de nouvelles horrifiques avec La maison aux insectes en 2015 et Le vœu maudit en 2016.

La femme-serpent (Hebi onna, son nom original) publié entre 1965 et 1966 fut le premier grand succès de l’auteur.  Le recueil publié aujourd'hui en France en ce début d'année regroupe trois histoires liées entre elles. Le Lézard noir, comme à son habitude, nous offre un bel objet soigné, de 320 pages.

Une maison perdue au milieu de la campagne japonaise du début du siècle dernier. Une vieille légende, encore très présente dans l'esprit des habitants circule : une créature maléfique à la fois femme et serpent assoiffée de sang et de vengeance. Elle rode et s'approche dangereusement de petites filles innocentes. Le décor est posé. 

 La femme-serpent - Kazuo Umezu - TRaduit du japonais par Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir - 2017.

Je m'imagine, gamin, découvrant ces histoires. J'aurais gravement flippé, aurais été terrorisé, voire fasciné. Umezu prend un malin plaisir à malmener et à faire subir les pires angoisses et des peurs viscérales à ces pauvres fillettes au visage rond, poupon, aux grands yeux à la Candy et avec de beaux nœuds dans les cheveux. Cela ne les empêcheront pas d'affronter cette créature qui bientôt se transformera sous leurs yeux. 

Certaines scènes sont impressionnantes, notamment lorsque la femme-serpente rampe pour attraper sa proie, et ouvre grand sa bouche.

Délicieusement horrifique.

 La femme-serpent - Kazuo Umezu - TRaduit du japonais par Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir - 2017.

Pour terminer, l'éditeur sortira en mars prochain, une autre série Je suis Shingo. Nous sommes impatients. 

Un article à découvrir pour La maison aux insectes et Le vœu maudit.

La maison aux insectes le lézard noir 2015
le voeu maudit le lezard noir 2016
 
La femme-serpent - Kazuo Umezu - Traduit du japonais par Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir - 2017.


Film noir - Cycle Otto Preminger



Après Robert Siodmak, coup de projecteur sur le réalisateur Otto Preminger, connu, entre autres, pour son film Laura. Une sélection de 6 films, qui pourra, le cas échéant, être mise à jour au fur et à mesure de nos découvertes.

Otto Preminger - Fiche IMDB

Laura 1944 *
Marx Dixon, detective (Where the sidwalk ends) 1950
Un si doux visage (Angel face) 1952
L'homme au bras d'or (The man with the golden arm) 1955
Autopsie d'un meurtre (Anathomy of a murder) 1959 *
Bunny Lake a disparu (Bunny Lake is missiong) 1965

* Top Film Noir de l'Avenue


Qui a tué Laura Hunt, une ravissante jeune femme qui doit une partie de sa notoriété au chroniqueur Waldo Lydecker ? L'inspecteur Mark McPherson mène l'enquête et interroge notamment Lydecker, qui considère Laura non seulement comme sa création, mais aussi comme un être lui appartenant.

"Plus qu'un simple film policier, Laura est avant tout l'histoire d'une osbession, reléguant au second rang son intrigue policière pour dérouler un triangle amoureux trouble à l'issue forcément tragique". (ecranlarge.com)

"Dès le départ, l’ambiguïté s'installe et restera dans ce récit plein de suspense où la caméra fait sortie les décors de l'ombre, accentuant l'impression d'étrangeté qui se dégage de ce film, l'un des meilleurs d'Otto Preminger et de sa fascinante interprète Gene Tierney". (France soir)

La critique de DVDClassik


Mark Dixon, détective, vient d'être rétrogradé par son chef pour brutalité envers un prévenu. Un riche éleveur du Texas a été poignardé après avoir gagné une importante somme d'argent aux dés, dans une chambre d'hôtel occupée par un aigrefin, Tommy Scalise. Dixon retrouve le principal témoin, Ken Payne, qui, en compagnie de sa femme Morgan, attira la victime dans la salle de jeu clandestine. Mais en brusquant un peu Payne, Dixon le tue accidentellement... Le détective fait disparaître le corps dans la baie du port. Un concours de circonstances fait que c'est Jiggs Taylor, chauffeur de taxi et père de Morgan, qui est suspecté du meurtre. Mark a un plan : faire accuser des deux crimes Tommy Scalise dont l'impunité lui est devenue odieuse... 



Un ambulancier est contacté par la famille Tremayne à la suite de "l'accident" dont est victime la maîtresse de maison. Engagé comme chauffeur, il tombe sous le charme de la belle-fille de Mme Tremayne, Diane, dont le visage angélique semble cacher de noirs desseins.


Bien decidé à ne plus se droguer, Frankie Machine voudrait devenir musicien de jazz. Mais Zosch, son épouse, préfère qu'il gagne sa vie comme croupier dans le tripot de Schwiefka. Bientôt, les dettes s'accumulent et Frankie, qui se drogue de nouveau, est accusé du meurtre d'un dealer.

La critique de DVDClassik


L'avocat Paul Biegler reçoit un coup de téléphone de Laura Manion lui demandant d'assurer la défense de son mari. Le lieutenant Frederik Manion a tué un propriétaire de bar qui avait violé sa femme. Biegler accepte de le défendre. Le procès commence et la vérité a du mal à émerger, d'ailleurs les avocats et les juges, s'affrontant dans des batailles juridiques, en sont en réalité peu soucieux. 

La critique de DVDClassik


Ann Lake vient d'emménager à Londres avec sa fille Bunny. Alors qu’elle va la chercher à l'école, la jeune fille est introuvable et personne ne semble se souvenir d'elle. Chargé de l'enquête, le lieutenant Newhouse découvre qu'Ann avait une amie imaginaire prénommée Bunny. Il se met alors à sérieusement douter de l’existence de la fillette..

La critique de DVDclassik

Le film noir sur l'Avenue, c'est aussi :
Film noir sur l'avenue
Le cycle Robert Siodmak
Le cycle Otto Preminger
Le cycle Robert Wise
Le cycle Nicholas Ray
Le cycle Richard Fleischer 
Le cycle Fritz Lang (1) 
Le cycle Fritz Lang (2)

Le cycle Henry Hathaway
Le cycle Joseph Losey
Le cycle Jules Dassin
Le cycle Jacques Tourneur
Le cycle Orson Welles

La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel


Quelle bonne nouvelle! Tanguy Viel publie un nouveau roman Article 353 du code pénal que je vais m'empresser d'aller acheter cette semaine. Aussi je ne résiste pas, à l'occasion de la sortie en poche de son précédent roman, de republier ici ce que j'en avais pensé. 

Tanguy Viel a ce talent de dérouler ses pensées, comme s'il nous parlait face à face "par écrit". Et c'est là tout le travail d'écriture qui rend cette fluidité si naturelle.

Récemment, comme je faisais le point sur les livres que j'avais lus ces dernières années, j'ai remarqué qu'il y avait désormais dans ma bibliothèque plus de romans américains que de romans français. Pendant longtemps pourtant, j'ai plutôt lu de la littérature française. Pendant longtemps, j'ai moi-même écrit des livres qui se passaient en France, avec des histoires françaises et des personnages français. Mais ces dernières années, c'est vrai, j'ai fini par me dire que j'étais arrivé au bout de quelque chose, qu'après tout, mes histoires, elles auraient aussi leurs place ailleurs, par exemple en Amérique (...) 

Le roman commence par ses mots. Tanguy Viel nous dévoile son travail d'écrivain en nous parlant d'un livre qu'il est en train d'écrire et dont les personnages et l'intrigue se passent aux Etats-Unis. Il nous explique ses choix de lieux, d'intrigue, dans quel ordre il désire présenter ses personnages, ses doutes vis-à-vis de la perception qu'aurait le lecteur avec tel ou tel scénario. Cette mise en abîme est très réussie de mon point de vue. Une sorte de making off qui serait aussi intéressant que le roman lui-même. 

Tanguy Viel m'a une nouvelle fois conquis en offrant un hommage ludique au "roman américain" en citant ses lectures sans être pompeux (Phlip Roth, Joyce Carol Oates, William Faulkner...et j'en oublie) en utilisant habilement les clichés sur ce que doit comporter impérativement un roman américain selon lui (une histoire d'adultère, un prof de fac notamment). Il n'hésite pas à donner son avis en tant qu'écrivain français avec malice et amusement. C'est là aussi que réside le tour de force : instaurer une connivence subtile avec son lecteur, partager avec lui ses remarques sur ces américains qui à l'inverse des français arrivent à écrire de "vrais romans internationaux". 
    
Pour ce qui est du titre donné au roman, Tanguy Viel s'en sort avec une belle pirouette à la fin de son roman. C'est plutôt bien vu. Très bien même.   

La disparition de Jim Sullivan - Tanguy Viel - (double) Editions de Minuit - sortie le 03 janvier 2017.

Dans la forêt de Jean Hegland


Aujourd'hui paraît Dans la forêt de la romancière américaine Jean Hegland, écrit en 1996. Une fois encore, Oliver Gallmeister a déniché une nouvelle pépite qui s'ajoute à son catalogue déjà remarquable. Avec ce livre, 2017 commence très fort pour ces éditions devenues incontournables pour les amateurs de nature writing et des grands espaces américains. 

La quatrième de couverture précise : Considéré comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, ce roman sensuel et puissant met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle. Oui, il faut bien l'avouer d'emblée : ce roman est un vrai choc. 

Si David Vann restait mon écrivain préféré de cette maison d'édition, il faudra compter à présent sur Jean Hegland. Une très belle écriture qui vous emporte, une puissance narrative et de très beaux personnages. 

L'histoire commence par les confessions de Nell, 17 ans qui couche sur le rare papier qui lui reste sa nouvelle vie avec sa soeur Eva, 18 ans dans la maison familiale perdue au cœur de la forêt, dont la ville la plus proche se situe à une cinquantaine de kilomètres. Leur vie a radicalement changé depuis qu'il n'y a plus d'électricité et d'essence. C'est arrivé si vite. Les premiers signes avant coureur de la catastrophe annoncée ne les ont pas inquiétés au départ. Les pannes de courants de plus en plus fréquentes et longues...puis plus grave, lorsque le père a été obligé de revenir chez lui définitivement, à défaut d'être payé par son employeur. Les banques fermées. Des maladies qui déciment la population. Des rumeurs rapportées de la côte est, des nouvelles floues impossibles à vérifier. 

Malgré cette situation précaire, les jeunes filles semblent épargnées au milieu de cette forêt avec suffisamment de réserves pour tenir longtemps avant le rétablissement de l'électricité qui devrait revenir dans les prochains mois à ce qu'on dit. Mais aujourd'hui, l'espoir de revenir comme avant n'existe plus. Elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes, leurs parents n'étant plus là. Le temps et les saisons passent et les réserves s'amenuisent.

Un début d'histoire qui vous immerge rapidement et complètement. Si les romans post apocalyptique sont à la mode dans la littérature d'aujourd'hui, moi qui n'en ai pas lu, j'avoue avoir été subjugué par le réalisme de ce roman. On y croit, on s'y croit. On réalise tout comme les personnages que notre mode de vie peut basculer d'un jour à l'autre, rapidement, sans crier gare. Et qu'il va falloir faire avec. Mais que c'est dur. Incroyablement fatiguant, éprouvant et psychologiquement bouleversant. 

Le roman monte en crescendo du point de vue narratif et dans l'évolution du rapport entre ces deux soeurs. Leur mère, de son vivant, leur disait toujours : votre vie vous appartient. Une phrase lourde de sens quant il s'agit de faire ses choix, et qui puis est, à l'entrée de l'âge adulte. Leurs futures carrières de danseuse professionnelle et d'étudiante ne sont plus d'actualité. Pourtant, Eva continue de danser tous les jours, même sans musique pendant que Nell décide, à défaut d'étudier, de lire toute l'encyclopédie de A à Z. Si l'union et l'entraide font leur force; la promiscuité, la solitude, les ruminations vont venir mettre à mal cette entente. 

La forêt est bien sûr au cœur de cette histoire. Cette nature qui a toujours été là sous les yeux de ces jeunes filles sans qu'elles y fassent véritablement attention et ce depuis l'enfance. Hier, la forêt était à la fois mystérieuse et un formidable terrain de jeu. Aujourd'hui cette nature se révèle telle qu'elle est, à la fois source de véritables dangers potentiels mais aussi une ressource infinie de survie. Elles vont devoir apprendre seules et sans compter sur les livres qui ne leur apporteront pas la solution. Même si elles anticipent au maximum les mois à venir, le danger viendra bien évidemment de l'homme lui-même.

Ma lecture a été frénétique et j'ai été littéralement captivé tout le long. Jean Hegland est amoureuse de la nature et nous offre de magnifiques descriptions sur la beauté de la végétation et de ses pouvoirs guérisseurs Les passages de la clairière avec la souche sont incroyables tant par le décor que pour ses symboles. Elle nous rappelle avec un talent narratif et littéraire que la nature est puissante, sans pitié, plus forte que l'homme. Que la comprendre, la respecter, l'aimer sont indispensable à notre vie, à votre survie. Une très belle leçon d'humanité qui devrait nous rendre plus humble et plus responsable quant à nos modes de vie, notre engagement à la préservation de notre planète Terre.

Un magnifique roman qui restera dans mon top 10 des romans de cette maison d'édition. 

Un immense merci aux éditions Gallmeister pour l'envoi de ce roman, lu dans le cadre du Challenge Gallmeister 10 ans.

Dans la forêt - Jean Hegland - traduit de l'américain par Josette Chicheportiche - Editions Gallmeister - 2017