Double jeu de Jean-Philippe Blondel

Double jeu - Jean-Philippe Blondel - Actes Sud Junior - 2013

Après s'être fait virer de son lycée de banlieue, Quentin atterrit dans un lycée bourgeois pour son entrée en première. Il a du mal à s'intégrer à se faire à ce nouvel environnement où il doit adopter une nouvelle attitude et apprendre les codes de conduite pour survivre. Complètement paumé, il sera aiguillé par “La Fernandez” sa prof de français qui va l’enrôler malgré lui dans une pièce de théâtre “La ménagerie de verre” de Tennessee Williams.

C'est sous la forme d'un journal que nous est raconté ce roman. Quentin y livre ses pensées, ses doutes, son désarrois face à sa vie, sa famille, le milieu d'où il vient dont il a en horreur, son avenir qui ressemble à un épais brouillard.

Sa professeur ne sera pas tendre avec lui mais lui donnera le goût de l'effort, de la persévérance. Elle saura défier son insolence et l'amener à entrevoir son chemin afin qu'il fasse ses propres choix. Si Quentin joue un rôle avec son entourage pour se protéger, il va devoir en endosser un autre sur les planches. Les autres acteurs de la pièce qui l'entourent vont chacun à leur manière l'aider même si cela se fera parfois dans la douleur.

Jean-Philippe Blondel nous offre un rôle secondaire très intéressant avec le personnage d'Heatcliff, un acteur de la pièce. Il va bousculer Quentin et le faire avancer. Présenté comme “bi” il va dérouter Quentin pas tant au niveau de sa sexualité mais par rapport à la perception de l'autre et de soi, des étiquettes que l'on colle. C'est très bien vu et bien amené.

Toutes les thématiques de l'adolescence (qui suis-je ?, à quoi je sers ?, que vais-je devenir ?...) sont passées à la moulinette avec une écriture fluide et imagée. 

Jean-Philippe Blondel sait indiscutablement comprendre les adolescents d'aujourd'hui et nous les raconte de manière simple et direct avec émotion et finesse. L'art comme moyen d'expression et de découverte de soi, le déterminisme social mis en question, le manque de communication avec les parents, les drogues auxquels les ados sont confrontés : autant de thèmes abordés de manière simple et intelligente. 

Pour finir, en citant des passages magnifiques, Jean-Philippe Blondel donne envie de lire la pièce de théâtre que nous avions découvert au printemps dernier. N'hésitez pas à la découvrir si ce n'est déjà fait !

La ménagerie de verre - Tennessee Williams - 10/18

Double jeu - Jean-Philippe Blondel - Actes Sud Junior - 2013
La ménagerie de verre - Tennessee Williams - 10/18 

Du même auteur sur ce blog : Au rebond
 


Paris Zombies de Philippe Morin

Paris Zombies de Philippe Morin rivière blacnhe


Rivière Blanche nous propose dans cet ouvrage d'explorer Paris mais sous l'angle d'une invasion zombie.

L'idée est intéressante mais ne cherchons pas ici d'histoire suivie où les personnages évoluent. Ils en ont guère le temps puisque les nouvelles qui nous sont offertes ici sont brèves. Très brèves même parfois, tout comme la vie ou la survie de ces êtres qui meurent sous nos yeux. Et qui parfois renaissent, enfin, d'une certaine manière, vous connaissez l'histoire.

A Paris (et ailleurs), dans l'entre deux siècles dernier, on utilisait de petits appareils photos Polaroid : I-zone.


Ce livre m'a rappelé le procédé. On s'amuse un peu, beaucoup, voire à la folie, avec des images instantanées. Elles sont ici regroupées sous le thème des zombies, des morts-vivants et nous offrent le plaisir toujours renouvelé de la ville lumière sous ses dehors les plus sombres. 

Des images minuscules et marquantes comme celles-ci:

Un groupe de rock, dont les membres sont défoncés, nous offre une entrée gratuite en "Backstage", le cimetière du Montparnasse recèle un réservoir immense pour ces nouveaux venus en leur offrant une véritable "Campagne de recrutement", les humains sont encore plus inhumains et plus cruels que les zombies comme nous le prouve la nouvelle "déséquilibrée". De petites images, de petites histoires, dont certaines sont plus terribles que d'autres et à ne pas mettre entre toutes les mains, de sombres cauchemars, d'abominables terreurs. Vous l'aurez compris : le cadeau idéal pour Halloween qui approche!

Marcos Valle - Samba Demais




En 1964, son premier album, Samba Demais, porte ce blondinet aux yeux clairs au sommet des passages sur les radios, au Brésil et aux Etats-Unis. Marcos Kostenbader Valle est un pur "carioca" (de Rio), tombé à 17 ans dans un bouillon de culture d'où sortira la bossa-nova. Le jazz est là, la samba toujours, le rock-yéyé de la "jovem guarda" est en train de déferler et de s'élargir à la soul.

Marcos Valle a de quoi séduire les Américains du Nord. Comme Antonio Carlos Jobim, il participe à l'expansion de la musique brésilienne vers les Etats-Unis, en s'acoquinant avec le meilleur prosélyte de l'époque, Sergio Mendes, avec qui il joue en 1965 et 1966, le temps d'installer la fraîcheur sud-américaine, les rythmiques de la samba balancée de bossa, et cette incontournable modernité brésilienne des années 1960, qui résista au coup d'Etat militaire de 1964.(source)

Samba Semais - tracklist
1 Vivo sonhando (Tom Jobim)
2 Amor de nada (Paulo Sérgio Valle, Marcos Valle)
3 Moça flor (Luiz Fernando Freire, Durval Ferreira)
4 Canção pequenina (Pingarilho)
5 Razão do amor (Paulo Sérgio Valle, Marcos Valle)
6 Tudo de você (Paulo Sérgio Valle, Marcos Valle)
7 Sonho de Maria (Paulo Sérgio Valle, Marcos Valle)
8 Ela é carioca (Tom Jobim, Vinicius de Moraes)
9 Ilusão à toa (Johnny Alf)
10 Ainda mais lindo (Paulo Sérgio Valle, Marcos Valle)
11 E vem o sol (Paulo Sérgio Valle, Marcos Valle)
12 A morte de um Deus de sal (Roberto Menescal, Ronaldo Bôscoli)

La tour des damnés de Brian Aldiss

Le Passager clandestin, Roman, science-fiction, SF brian aldis la tour des damnés

En Inde, une expérience est menée : construire une tour géante pour lutter contre la surpopulation. Au départ 1500 personnes y sont logées. 25 ans plus tard c'est 75 000 personnes qui s'entassent sur 50 étages répartis eux-même en 10 niveaux. Thomas Dixit un expert du CERGAFD (Centre Ethnographiques de Recherches sur les Groupes à Forte Densité) est envoyé dans la tour pour savoir si cette expérience est concluante, ou si à l'inverse il est nécessaire de la détruire. 

Ce n'est pas le premier expert à y entrer, si ce n'est qu'aucun est revenu vivant. Une fois sur place il doit apporter la preuve que les habitants de la tour ont pu développer des capacités de perception extrasensorielle, habilitée qui intéresse grandement l'extérieur.

Ce que Thomas n'a pas prévu c'est de se heurter à certains habitants qui préfèrent rester dans cette tour et ne plus avoir le moindre contact avec l'extérieur. En 25 ans, les résidents ont su développer leur propre mode de vie , avec des chefs de clans (par niveau) et où l'esclavage est de retour. Ils en sont à la quatrième génération où il est possible vers l'âge de 10 ans d'avoir des enfants et où vous êtes considéré comme un vieillard à l'âge de 20 ans.

Après Un logique nommé Joe de Murray Leinster, je continue avec un autre titre de la collection Dyschroniques des éditions Le passager Clandestin.

Les premières pages nous apprennent l'issue de l'histoire. Le lecteur poursuit avec une découverte de quelques habitants de la tour et une description de celle-ci qui fait froid dans le dos. Brian Aldiss a réussi à me captiver et à m'emmener avec lui dans les couloirs sombres de cette tour. L'intrigue commence véritablement avec l'entrée de l'expert dans la tour et sa mission à accomplir.

De manière habile, Brian Aldiss démontre comment l'homme trouve des moyens détournés pour survivre à n'importe quel prix et comment il s'en accommode. C'est très bien vu.

Les éditions Le passager clandestin ont su redonner une nouvelle vie à cette nouvelle d'anticipation, qui écrite en 1968 reste toujours lisible et d'actualité.

Un logique nommé Joe de Murray Leinster

Un logique nommé Joe de Murray Leinster

Un logique, ça ressemble à un récepteur d'images, seulement il y a des touches au lieu de cadrans et vous pianotez pour avoir ce que vous voulez. L'appareil est raccordé au réservoir de données.

Sauf qu'un jour, un logique, nommé "Joe" va s'appliquer à donner des réponses très (et trop) pratiques à n'importe quelle question posée quitte à divulguer la vie privée de chacun (comment dévaliser une banque, comment fabriquer de l'argent, tuer sa femme sans se faire prendre...). Le logique devient alors une machine technologique inquiétante, redoutable qui pourrait provoquer la perte du monde. 

Lorsque nous voulons savoir, ou voir, ou entendre quelque chose, lorsque nous désirons parler à quelqu'un, nous pianotons sur les touches d'un logique. Coupez les logiques et tout va fiche le camp.

Visionnaire, cette nouvelle, écrite en 1946 est d'une grande pertinence. Elle pointait déjà les dangers et les dérives de ce que nous vivons aujourd'hui avec le monde fantastique d'internet ! Des humains reliés les uns aux autres, abreuvés d'informations en permanence, où la vie privée se réduit à une peau de chagrin.

Bluffant ! 

Cette nouvelle de 40 pages est publiée dans la collection Dyschroniques aux éditions Le passager clandestin : Lorsque les futurs d'hier rencontrent notre présent...

Dyschroniques exhume des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation, empruntées aux grands noms comme aux petits maîtres du genre, tous unis par une même attention à leur propre temps, un même génie visionnaire et un imaginaire sans limites. A travers ces textes essentiels se révèle le regard d'auteurs d'horizons et d'époques différents, interrogeant la marche du monde, l'état des sociétés et l’avenir de l'homme.  

Autres titres de la collection : à découvrir ici.

Rockyrama Rocks!!!

Tout avait commencé à Montpellier dans la merveilleuse librairie Sauramps où j'avais découvert ce mook (magazine + book):


Rockyrama

Ce numéro 1, immense de part son nombre de pages et son aspect soigné, se proposait de revenir et d'approfondir la culture populaire de ces vidéos clubs oubliés des années 80 voire 70.

Tout de suite, j'en suis tombé raide dingue et je me plaisais à rêver d'une suite. 

Alors quelle ne fut pas ma joie lorsque je découvris en Bretagne le numéro un du magazine éponyme:


Je m'y suis aussitôt abonné et j'ai reçu très récemment le numéro deux, tout aussi sublime. 

Vous y découvrirez mille raisons de revisionner la planète des singes, de réécouter des disques oubliés, de dénicher des merveilles que l'on pensaient disparues et qui pourtant sommeillaient encore dans les esprits magiques des rédacteurs.

Merci et longue vie à Rockyrama, vivement le numéro 3, allez tiens, après ces saines lectures, je vais revisionner Les Prédateurs...

Plus de détails sur leur super site : ici.


Canada de Richard Ford


Canada, c'est l'histoire de Dell Parsons, un jeune homme de 15 ans qui vit avec sa sœur et ses parents à Great Falls, une petite ville du Montana dans les années 1960. Sa vie bascule le jour où ses parents sont arrêtés à leur domicile pour avoir braqué une banque. Du jour au lendemain, il se retrouve seul, sa sœur ayant fugué, à bord d'une voiture en partance pour le Canada. Le voilà échoué dans un petit village du Saskatchewan. Une période de transition que Dell devra affronter, qui le fera grandir et changer pour toujours.

Je n'avais jamais lu de roman de Richard Ford. Moi qui en général ne suis pas fan des romans bavards, et bien là, malgré les longueurs que j'aurais pu reprocher chez un autre écrivain, ici ça ne m'a pas dérangé, au contraire. Car l'écriture est là, puissante. Celle qui vous emmène, page après page. Alors oui, il m'a fallu quand même un temps d'adaptation pour que je m'installe dans la lecture, que je trouve mon rythme, que je me familiarise avec cette écriture. Mais quelle écriture !!!! J'ai été conquis par sa beauté, et son pouvoir d'évocation.

Un roman initiatique d'une grande force narrative et émotionnelle. 

Richard Ford sait aller au cœur du ressenti de son narrateur. Le roman nous est raconté par la voix de Dell, cinquante ans après les évènements qui ont marqué à jamais son adolescence. Il y évoque aussi ses doutes et ses regrets. Ce retour sur les faits sont donc pris avec distance. Le lecteur revit avec lui les 15 jours qui ont précédés l'arrestation de ses parents, avec grand détail et minutie. Richard Ford a réussi en permanence à me faire tourner la page, alors que l'issue de l'histoire était connue dès le début. Ce procédé de narration fonctionne très bien.   

La scène de l'arrestation des parents ou celle de la visite en prison sont d'une beauté étourdissante. La perplexité et la honte du père se voyant arrêté devant ses enfants, le chagrin immense de la mère ou le désarroi complet des enfants face à une telle situation inenvisageable sont magnifiquement racontés. 

Canada de Richard Ford citations
 
La deuxième partie se déroule au Canada où il sera caché par une amie de sa mère dans une petite ville, Porteau, près de Fort Royal. Il devra s'adapter contraint et forcé à un nouvel environnement et s'affranchir de son passé. C'est toute la tristesse et la solitude de Dell qui nous est raconté. C'est aussi une nouvelle page de sa vie qui commence, peut-être décisive. ll aura à faire à Arthur Remlinger, un homme énigmatique qui va le recueillir sans forcément prendre soin de lui. Dell sera intrigué et attiré en quelque sorte par cette personne cultivée, aux humeurs changeantes, à la personnalité insaisissable. Un homme au passé trouble qui lui aussi cacherait son identité et serait potentiellement recherché.

Dans la troisième, très courte, on retrouve Dell, 50 ans plus tard. J'avais un peu peur de cette dernière partie. Car j'avais envie de rester avec le Dell, adolescent. Je redoutais un Richard Ford, donneur de leçons à travers Dell, devenu citoyen canadien, professeur de littérature, revenant sur sa vie. Heureusement, il n'en a rien été. 
 
Un roman dense (480 pages) qui parle de la solitude, mais aussi de la notion de “deuxième chance” que l'homme réussit à prendre ou non, de la résilience.

Je ne suis pas près d'oublier ce roman. Sublime. 

Canada - Richard Ford - traduction de l'américain par Josée Kamoun - Editions de l'Olivier - 2013