Faire mouche de Vincent Almendros

 Faire mouche - Vincent Almendros - Editions de Minuit - 2017.

J'avais découvert Vincent Almendros il y a trois ans avec Un été qui m'avait bluffé. Idem avec son nouveau roman dont la quatrième de couverture m'a tout de suite séduit :

À défaut de pouvoir se détériorer, mes rapports s’étaient considérablement distendus avec ma famille. Or, cet été-là, ma cousine se mariait. J’allais donc revenir à Saint-Fourneau. Et les revoir. Tous. Enfin, ceux qui restaient.
Mais soyons honnête, le problème n’était pas là.


Aaaaah les histoires de famille !!! Revoir les siens que l'on a pas vu depuis une éternité mais en y allant à reculons...Vouloir vous enfuir à peine arrivé. Sentir chaque regard sur vous comme un jugement, une attaque. Peser chaque parole dite, chaque silence jugé trop long. Ça vous parle ? 

Vincent Almendros excelle dans le portrait de son personnage principal, Laurent, qui va devoir affronter son oncle et sa mère, en compagnie d'une amie, Claire, qu'il fait passer pour Constance, sa compagne. C'est très bien vu, finement décortiqué et d'une grande justesse.

Durant toute la lecture, je me suis délecté de cette écriture incisive, imagée, qui va dans les recoins, dans les détails. Un regard, un silence, une parole retenue suffisent pour en dire autant que de longs discours. Le plaisir de relire des passages à peine déjà lu pour savourer.

Une ambiance sous tension et oppressante pour ce court roman qui se lit d'une traite. Il vous agrippe dès les premières phrases et ne vous lâche plus pour "faire mouche" admirablement.


Vincent Almendros

Faire mouche - Vincent Almendros - Editions de Minuit - 2017.

Recette du Faux Mage du Printemps

Recette du Faux Mage du Printemps

Faire tremper une nuit 100 grammes de noix de cajou. Les égoutter, les rincer. Dans un bocal en verre haut, les déposer puis ajouter une cuillère à soupe d'ail semoule et une cuillère à soupe d'oignon semoule, une cuillère à soupe de Tamari fort, une cuillère à soupe de Tahin, ainsi que deux cuillères à soupe de levure maltée et comme c'est le printemps des herbes du jardin et de saison (ciboulette, coriandre...). Mixer le tout avec un mixeur plongeant directement dans le bocal. L'objectif est d'avoir au final une pâte aussi lisse que possible.

Dans une casserole verser un petit verre d'eau, y dissoudre un sachet d'agar-agar avec une cuillère à soupe de fécule de maïs. Remuer jusqu'à l'obtention d'une texture moins liquide (deux minutes à peu près). Ajouter alors la base et incorporer au fouet.

Disposer le tout dans un plat en verre préalablement recouvert d'huile de coco vierge. Laisser refroidir puis réfrigérer.

Sur la photo c'est la version sans herbes car elles n'ont pas encore suffisamment poussé au jardin, mais la recette est modifiable à l'infini. 

Régalez-vous!

La lumière de la nuit de Keigo Higashino


La lumière de la nuit - Keigo Higashino - traduit du japonais par Sophie Refle - Collection Actes noirs - Actes Sud - 2015.

Alors qu’un prêteur sur gages est retrouvé assassiné dans un immeuble en construction d’Osaka, le policier Sasagaki établit rapidement que la dernière personne à avoir vu la victime avant sa mort est une femme vivant seule avec sa fille Yukiho. Celle-ci a une dizaine d’années, tout comme Ryōji, le fils du prêteur sur gages, et fréquente la même école. Pour le reste, l’enquête est dans l’impasse.
L’année suivante, un ami de cette femme meurt dans des circonstances étranges, puis c’est elle-même qui disparaît. La police conclut à l’accident dans un cas, au suicide dans l’autre.
Le temps passe. Yukiho devient lycéenne, puis étudiante ; elle se marie, divorce, se remarie. Rien ne semble pouvoir arrêter son ascension sociale. Ryōji, de son côté, vit en marge de la société, s’enrichit dans des combines douteuses et se débarrasse par tous les moyens possibles des obstacles qu’il rencontre sur sa route… Quand le policier Sasagaki – désormais en fin de carrière, et hanté par l’échec de l’enquête sur la mort du prêteur sur gages – rouvre le dossier, la mort frappe à nouveau.(résumé de l'éditeur)


En général, je ne suis pas adepte de gros pavés, mais celui-ci (672 pages) fait exception. 
En plus, je trouve le titre très beau ainsi que la couverture qui m'ont donné vraiment envie.

Je me suis laissé emporté par cette histoire dont l'atmosphère noire et inquiétante ne faiblit pas et ce jusqu'à la fin. L'écriture de Higashino est fluide et agréable. Il m'aura fallu néanmoins un effort de mémorisation pour les noms japonais qui parfois se ressemblent d'un personnage à l'autre. Mais l'auteur restitue de manière habile et naturelle la place et le contexte dans lequel évolue chaque personnage lorsque celui-ci revient dans un chapitre dont l'histoire nous avait été conté quelques chapitres auparavant. La construction est classique mais bien huilée. En gros, un ensemble de chapitres : une histoire, un personnage, une époque. Des histoires qui s’additionnent au fil des années (étalées sur 20 ans) et les dernières pièces du puzzle pour les toutes dernières pages. C'est assez jubilatoire.

J'ai aimé plonger dans ce japon des années 1970 et 1980, sa culture, ses codes sociaux et culturels et suivre les évolutions technologiques. L’essor du jeu vidéo par exemple qui fait partie intégrante d'une partie de l'histoire, la concurrence rude vis à vis des brevets, l'espionnage industriel, la bulle économique qui éclate... 

Chaque histoire qui nous est racontée est véritablement prenante et certaines sont très originales et surprenantes. On a soif de connaître le destin de ces deux enfants meurtris dès l'enfance. Les passages de leurs années étudiantes sont mes préférés. 

J'ai aimé la pugnacité de l'inspecteur, sa discrétion, ses doutes et sa détermination sans faille. 

J'ai aimé me faire mener par le bout du nez par Keigo Higashino. C'est un conteur de talent. Il sème des indices, dévoile une partie de son puzzle et sait créer la frustration chez le lecteur. Le dernier tiers du roman se lit avec avidité. Une révélation bouleversante et de taille pour clore brillamment le roman. juste parfait!  

La lumière de la nuit - Keigo Higashino - traduit du japonais par Sophie Refle - Collection Actes noirs - Actes Sud - 2015.

Appelle-moi par ton nom de André Aciman


Roman publié il y a dix ans aux éditions de l'Oliver sous le titre Plus tard ou jamais, les éditions Grasset le publie de nouveau à l'occasion de son adaptation au cinéma Call me by your name de Luca Guadagnino qui sortira dans les salles françaises le 28 février prochain.



Comme chaque été, la famille d'Elio reçoit un étudiant à passer quelques mois en pension dans leur résidence italienne au bord de la mer. Cette année, Elio, âgé de 17 ans rencontre le nouvel arrivant : Olivier, un jeune professeur dont il tombe littéralement amoureux. Troublé, il essaiera de l'éviter, d'être distant, de feindre son attirance, mais impossible de résister devant son magnétisme et son charme.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi émouvant sur la passion amoureuse depuis La chambre de Giovani. L'écriture est d'une incroyable beauté, décortiquant à la fois avec pudeur et crudité les sentiments de cet adolescent. La montée de son désir, ses doutes, ses paradoxes face à Olivier sont magnifiquement dépeints. Les événements nous sont racontés avec la distance des années, Elio, essayant de reconstituer ces quelques semaines qui le marqueront à jamais. 

Et puis, l'Italie. Un pays que j'aime beaucoup et que j'ai eu plaisir de retrouver dans cette histoire, l'impression d'y être (sa chaleur, la plage, ses rues...) ou d'entendre les personnages parler (plusieurs passages ou expressions sont en italiens et participent au décor et à l'ambiance). 

Certains reprocheront à André Aciman son écriture peut-être trop cérébrale et ampoulée. Néanmoins, elle participe à la montée en puissance de l'histoire, celle du désir et des pulsions des deux protagonistes. 


Lire un extrait

Appelle-moi par ton nom - André Aciman -  traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin - Editions Grasset - Sortie le 7 février 2018.

Le roman publié aux éditions de l'Olivier que nous avions découvert à la librairie parisienne Les mots à la bouche.