Exposition Hans Ruedi Giger, seule avec la nuit


Aujourd'hui, retour sur l'exposition H.R. GIGER, seul avec la nuit que nous avions visitée cet été au Lieu unique à Nantes.


Le lieu unique ouvre ses portes à l’un des artistes les plus énigmatiques et non moins célèbre, Hans Ruedi Giger, plasticien et père d'Alien.  Resté en marge du monde de l’art, Giger a évolué suivant ses propres chimères développant un travail unique habité d’un symbolisme érotique et fantastique. Disparu en 2014, il laisse une œuvre sombre et fascinante, peuplée de femmes bioniques, dont l’esthétique ténébreuse, magnétique est véritablement captivante.(source)



L'instant méditation - 25

Merci à Sceid pour ces fabuleuses photos sur Instagram

La moisson rouge de Dashiell Hammett

 La moisson rouge de Dashiell Hammett - Folio policier - Gallimard - 2011

Un détective de la Continental Detective Agency de San Francisco est contacté par Donald Willsson, le directeur d'un journal de Personville. Il arrive trop tard pour le rencontrer vivant, celui-ci ayant été assassiné. Il s'apercevra rapidement que cette ville, renommée Poisonville par ses habitants est le territoire d'un affrontement sans merci entre bandes rivales. Bien décidé à nettoyer la ville de la vermine, il va monter les gangsters les uns contre les autres, au risque d'y laisser quelques plumes. 

Le premier meurtre du roman est résolu assez rapidement. S'enchaîne une guerre des gangs où l'on arrête rapidement de compter le nombre de victimes.   

Depuis le temps que je voulais lire ce roman écrit en 1929, considéré comme un classique du roman noir, je n'ai pas été déçu. Je n'ai pas eu entre les mains la nouvelle traduction, cela n'a pas entacher mon plaisir de lecture malgré un argot vieillot et des choix de traductions datées qui ont gardé leur charme. 

A la lecture du roman, on se rend compte des prouesses de Hammett, que l'on considère comme l'un des créateur du polar "hard-boiled". Tout y est : la femme fatale manipulatrice, le détective incorruptible, des gangsters de la pire espèce, des attaques de banques, des matchs de boxe truqués, des poursuites en bagnoles et des repaires de voyous au cœur de la montagne. Le tout dans les rues sombres et crasseuses d'une ville corrompue même au sein de la police.

Le sentiment d'assister au must d'un film noir avec une intrigue forte et puissante (même si elle est un peu répétitive sur la fin). Il y en a presque trop. Ça va vite pour ce détective qui boit sec, cogne dur tout en gardant son sens de l'humour.

Je me suis régalé. Bien envie d'attaquer un autre de ses romans (Le faucon maltais ? La clé de verre ?) dans une nouvelle traduction, histoire de comparer.     

La moisson rouge de Dashiell Hammett - Folio policier - Gallimard - 2011

The Graduate (Le Lauréat) - Mike Nichols (1967)

Benjamin Braddock, un étudiant fraîchement diplômé, ne sait pas quoi faire de son avenir. Lors d'une soirée mondaine chez ses parents où il vagabonde, il fait la connaissance de Mrs Robinson, l'épouse du patron de son père. La femme, d'âge mûr, entreprend de séduire le garçon et y parvient très rapidement.(source)

Petite pépite pour notre soirée d'hier (comme quoi on trouve vraiment des merveilles chez les magasins Noz!).

Un Dustin Hoffman déjà remarquable dans un de ses premiers rôles, accompagnée par la convaincante Anne Bancroft pour une satire de la société américaine de l'époque, le tout servi par la fabuleuse musique de Simon et Garfunkel. Tout juste parfait.


Le secret de Grayson de Ami Polonsky


Aujourd'hui, voici ma deuxième participation  au Challenge contre l'homophobie.

Grayson, élève de sixième est plutôt du genre discret, préférant déjeuner seul au CDI ou rester seul en général. En milieu d'année, une nouvelle élève, Amélia arrive en classe et se noue d'amitié avec lui. Grayson sort peu à peu de sa coquille et finit par prendre le taureau par les cornes en postulant pour un rôle dans une pièce de théâtre que son professeur anime. Mais attention pas pour n'importe quel rôle. Le premier rôle féminin. Dès lors, sa vie change de cap, et il lui faudra toute l'énergie et le courage d'affronter les autres, d'assumer son choix et surtout de vivre tel qu'il le ressent depuis sa plus tendre enfance : être une fille.

Si l'on pouvait facilement redouter que Grayson subisse les moqueries et les brimades de ses camarades masculins notamment, cela ne provoquera finalement pas la tempête à laquelle je m'attendais. Les adultes tout comme la gente féminine autour de Grayson sont plutôt indifférents ou font comme si de rien n'était pour être précis. L'auteur préfère se concentrer sur la manière dont Grayson se questionne vis à vis du regard des autres.

Elle choisit évidemment le théâtre, pour illustrer son propos : l'envie irrésistible mélangée à la peur pour s'affirmer, pour cesser de jouer la comédie avec soi-même.

Pour faire preuve de courage, il faut avoir peur. Le courage, c'est quand on a quelque chose d'important à faire, et qu'on a peur, mais qu'on le fait quand même.

C'est déjà vu mais juste et en même temps assez classique. Le roman reste dans les éternels codes américains de certains livres ou série TV pour ados qui prétendent aborder certains sujets forts sans finalement prendre le risque de les traiter avec le sérieux qu'ils méritent. Le roman souffre de mon point de vue d'un manque de profondeur sur la question du genre ou de la transsexualité. Il l'effleure au final et c'est dommage. A la fin de l'histoire, la pièce de théâtre aura permis à Grayson de lui donner tout le courage dont il aura besoin pour sortir de sa chrysalide. C'est à partir de là que les choses sérieuses commencent. Mais ça, on ne le saura pas.

Je suis donc assez mitigé sur ce roman dont la lecture reste néanmoins agréable et facile. Je serais ravi d'avoir des retour d'ados sur le bouquin.



Merci aux blogs Les lectures de Kévin et Sur ma table de nuit pour l'organisation de cette lecture commune et l'organisation de la 3ème édition de ce challenge.

Le secret de Grayson - Ami Polonsky - Traduit de l'américain par Valérie Le Plouhinec - Albin Michel Jeunesse - 2016

La cantine de minuit de Yarô Abe

 La cantine de minuit - Yrô Abe -traduction de Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir - 2017

« Mon restaurant est ouvert de minuit à sept heures du matin environ. On le surnomme "la cantine de minuit", mais pour certains c'est plutôt "la cantine de l'aube" ». Présentation éditeur

Quelle belle découverte ce manga !

29 nuits, 29 chapitres où l'on suit avec délice la vie des clients de ce restaurant dans lequel on rêve d'aller y manger un morceau après lecture. Tout le milieu interlope y pose ses valises le temps d'un repas pour souffler, terminer ou commencer sa journée. Heureusement que le patron sait tout cuisiner pour satisfaire sa clientèle hétéroclite! 


Curry japonais - Instagram Le Lézard Noir

A chaque chapitre, une cuisine simple mais néanmoins goûteuse, préparée sous les yeux du client...et ça donne l'eau à la bouche! Pendant ce temps là, on suit les histoires et les anecdotes savoureuses, drôles, attendrissantes, tristes de chacun et chacune. 

Les clients (dont certaines trognes sont irrésistibles) s'émerveillent devant leur plats, les mangent avec beaucoup de gratitude et de reconnaissance, n'hésitant pas à les partager avec leurs voisins. Pour eux, certains plats sont de vraies madeleine de Proust. Les histoires personnelles prennent alors une valeur particulière et rendent les personnages véritablement attachants.

Instagram Le Lézard Noir

L'ouvrage finit par ces quelques mots qui je l'espère vous donneront envie de rentrer dans cette cantine unique ! :

Ceux qui sont fatigués d'accumuler les heures sup'...
Ceux qui pleurent d'un chagrin d'amour...
Ceux qui dépriment de ne pas voir leurs rêves se réaliser...
Ceux qui ont oublié la joie du quotidien...
Ceux qui sont submergé de travail...
Ceux qui ont un supérieur tyrannique et qui ont besoin de vider leur sac...
Ceux qui sont euphoriques tellement il se sentent heureux...
Tout le monde vient se remplir la panse,
Tout le monde vient se remplir le cœur
Tout le monde repart avec le sourire de ce petit restaurant réconfortant situé dans un recoin de la ville.

A lire aussi le très bel avis du blog Lectures sans frontières que je rejoins à 100 %.

La cantine de minuit - Yrô Abe -traduction de Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir - 2017

The complete kake comics - Tom of Finland

The complete kake comics - Tom of Finland taschen editions

Comme à son habitude Taschen nous propose un ouvrage de qualité, de belle facture. Les hommes de Tom of Finland n'ont pas perdu de leur fraîcheur. Ces histoires érotiques sont simples, réussies et participent joyeusement à la machine à fantasmes, le tout dans la bonne humeur et l'humour. L'occasion avec cette compilation de découvrir tout le talent de l'artiste et surtout Kake, le symbole de l'identité gay des années 1970. A ranger du côté de sa table de chevet ;-)

Présentation de l'éditeur

The complete kake comics - Tom of Finland Taschen
The complete kake comics - Tom of Finland Taschen
The complete kake comics - Tom of Finland Taschen
The complete kake comics - Tom of Finland Taschen
The complete kake comics - Tom of Finland Taschen

Et ne ratez pas les trois volumes thématiques format poche pour prolonger le plaisir :
The Little Book of Tom: Blue Collar
The Little Book of Tom: Cops & Robbers
The Little Book of Tom: Military Men



Le 19 juillet prochain, le biopic Tom of Finland de Dome Karukoski sortira dans les salles françaises.  


Tokyo Kaido - Minetaro Mochizuki

Tokyo Kaido - Minetaro Mochizuki - traduit par Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir 2017

J'avais découvert il y a des années Minetaro Mochizuki avec sa série apocalyptique Dragon Head et plus récemment, dans un tout autre genre Chiisakobé

Cette nouvelle série qui s'achèvera avec un troisième tome en septembre prochaine est un véritable bijou aussi original et fascinant que Chiisakobé


Nous avons là, quatre enfants et ados hors normes suivis dans une clinique par le docteur Tamaki qui fait des recherches sur le cerveau. Hashi, 19 ans, sans filtre, dit tout haut ce qu'il pense ; Hana 21 ans qui est prise d'orgasmes incontrôlables n'importe où ; Mari, 6 ans dont le cerveau ne voit pas les humains et Hideo, 10 ans qui se prend pour un super-héros indestructible. 


Par ses situations cocasses, inattendues, ce manga est complètement barré, drôle et très profond à la fois . Comment ces humains voient le monde ? Quelle place ont-ils dans la société ? Peuvent-ils être guéris ? Comment les autres humains dits normaux interagissent avec eux ? 

Au delà des interactions entre les personnages, il y a aussi cette histoire dans l'histoire (en l’occurrence un manga dans le manga) qui prend une place importante dans les deux premiers tomes. Hashi est en train de dessiner un manga qu' Hideo lit en l'invite à continuer alors que celui-ci le trouve inintéressant.  

Minetaro Mochizuki brille par son intelligence par ses questionnements et ses points de vues décalés. A l'instar de Chiisakobé, le mangaka poursuit son travail d'introspection avec des personnages attachants qui ont du mal avec "l'autre", avec l'extérieur et les normes sociales. 

L'atmosphère qui se dégage de ce manga est vraiment particulière et intrigante. Il ne se passe pas grand chose et pour autant on ne s'ennuie pas une seconde. Plusieurs fois, je me suis arrêté sur ce que je venais de lire, je suis revenu en arrière car tout est dans le détail d'une attitude, d'une expression d'un des personnages. 

La réussite de ce manga réside incontestablement dans le style épuré de l'auteur dont le pouvoir magnétique de ses dessins m'a saisi. Vivement le tome 3!




Tokyo Kaido - Minetaro Mochizuki - traduit par Miyako Slocombe - Editions Le Lézard noir 2017

La chambre de Giovanni de James Baldwin


Pour notre première participation au Challenge contre l'homophobie, j'ai décidé de partager une lecture qui remonte à cinq ans déjà mais qui fut et qui reste aujourd'hui encore un gros coup de coeur. 

La chambre de Giovanni de James Baldwin est considéré pour beaucoup, comme un classique de la littérature homosexuelle. Resté longtemps introuvable, ce roman de 1956, a de nouveau été publié aux éditions Rivages en 1997 avec une nouvelle traduction. 

Quant les émotions vous submergent, difficile d'expliquer pourquoi on a tant aimé un roman. Le texte de James Baldwin est d'une beauté étourdissante, et d'une grande justesse. 

L'histoire se passe dans le Paris des années 50. Fuyant son pays et son père, un jeune américain, David, dans sa vingtaine, débarque à la capitale à la cherche de lui-même. Alors que sa petite amie est partie en Espagne pour prendre le temps de réfléchir à sa proposition de mariage, David va faire la rencontre du beau Giovanni, un italien sans un sous, qui travaille derrière le comptoir d'un bar dans un quartier homosexuel de Paris. 

- Vous venez souvient ici ? demanda Giovanni soudain, après un moment de silence.
- Non, pas très.
- Mais vous viendrez plus souvent maintenant, dit-il le visage illuminé d'un air de moquerie irrésistible.
- Pourquoi ? bredouillai-je.
- Ah ! s'écria-t-il, est-ce que vous ne vous rendez pas compte quand vous vous faites un ami ?
Je ne savais que je devais avoir l'air idiot et que ma question était idiote aussi. Si vite ?
Pourquoi pas ? Il dit cela comme une évidence, puis ajouta, jetant un coup d’œil à sa monte : on peut attendre une heure si vous préférez. On pourrait devenir amis dans une heure. Ou attendre jusqu’à  la fermeture. On pourrait devenir amis à ce moment-là. (...) Les gens disent toujours ça, il faut attendre, il faut attendre. Qu'est-ce qu'ils attendent ?      
La rencontre entre les deux hommes est à la fois assez commune et simple mais aussi très belle. Les sentiments contradictoires qu'éprouve David (entre attirance et peur) sont décrits avec subtilité.  

Le soir même Giovanni emmène David dans sa chambre de bonne qui deviendra leur petit nid. Un endroit pourtant sale, répugnant et étroit mais peu importe...

Je me souviens que, dans cette chambre, j'avais l'impression de vivre sous la mer ; le temps passait au-dessus de nous, indifférent, les heures et les jours ne voulaient rien dire. Au commencement, notre vie à deux était faite d'une joie. Sous-jacente à la joie, bien sûr, était l'angoisse, et sous l'étonnement la peur ; mais elle ne nous tourmentèrent pas dès le commencement, pas avant que nos glorieux débuts aient pris un goût de fiel. Alors l'angoisse et la peur devinrent la surface sur laquelle nous glissions et dérapions, perdant avec notre équilibre toute dignité et toute fierté.

Mais David n'arrive pas à assumer cette relation, luttant contre ses sentiments jugés contre nature par la société de l'époque. Très vite David prévient Giovanni que lorsque sa fiancé rentrera en France, leur relation se terminera. Pourtant ces quelques mois de bonheur sont une véritable bulle de temps qui s'est arrêtée  marquant à jamais les deux hommes.

Comme je le disais, la vie dans cette chambre semblait comme vécue sous l'eau, et il est certain que j'y subis une métamorphose d'une profondeur insondable.

Giovanni avait réveillé quelque chose qui me démangeait, il avait libéré quelque chose qui me rongeait. Je m'en redis compte un après-midi où je l'accompagnais au bar. Nous remontions le boulevard Montparnasse en marchant. Nous avions acheté un kilo de cerises, que nous mangions en marchant. Nous étions tous deux d'humeur excessivement puérile et espiègle cet après-midi-là, et adultes se bousculant sur le large trottoir et se crachant des noyaux de cerises au visage. Je me rendis compte que cette espièglerie était surprenante à mon âge, et que le bonheur dont il était issu l'était plus encore ; pour ce moment qu'il me faisait vivre, j'aimais réellement ce jour-là.

Jusqu'au jour où David reçoit une lettre de sa fiancée qui annonce son retour imminent. David comprendra à ses dépends, qu'aimer, c'est osez écouter les sentiments enfouis au plus profond de soi. 


Merci aux blogs Les lectures de Kévin et Sur ma table de nuit pour l'organisation de cette 3ème édition de  ce challenge .

La chambre de Giovanni de James Baldwin - traduit de l'américain par Elisabeth Guinsbourg - Rivages poche - 1998

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