Chroniques de Majipoor de Robert Silverberg

Chroniques de Majipoor de Robert Silverberg


Ce livre me donnait envie depuis déjà quelques temps et je l'ai littéralement dévoré. C'est un classique de la SF qui le mérite amplement.

Il raconte l'histoire d'un ado, Hissune, qui va peu à peu devenir adulte en faisant l'expérience des souvenirs des autres, à tous les moments de l'histoire de Majipoor. Grâce à des capsules qu'il consulte illicitement, il va être tour à tour dans l'esprit enregistré d'hommes, de femmes, au coeur de leurs sentiments, de leurs ressentis. On découvre cet univers immense, ses terres, ses mers, son histoire plusieurs fois millénaire, ses personnages importants et ses petites gens. Différentes ethnies se rencontrent, s'aiment, se combattent. On s'y perd mais toujours pour mieux s'y retrouver. 

J'ai particulièrement aimé Thesme et le Ghayrog, la  première âme visitée par Hissune fut celle de cette femme amoureuse d'une créature à l'apparence d'un serpent, à la langue fourchue et à la peau squameuse, douce et souple. Avec sa fin tragique à la manière d'un mélodrame.

La troisième aventure m'a également troublé : La cinquième année de la traversée nous fait partager un voyage en mer interrompu brutalement par une invasion d'herbe à dragon qui empêche le bateau d'avancer ou de reculer. Cette herbe, dévorée en partie par d'immenses dragons (si bien décrits qu'on ne peut nier leur existence, c'est prodigieux!), fige l'embarcation dans le temps et dans l'espace jusqu'à l'issue finale : elle arrivera non pas à avancer mais à rebrousser chemin. L'image du retour en arrière est passionnante tandis que notre ado chemine vers l'âge adulte et que l'on réalise en lisant ces pages qu'il devient un autre lui-même en grandissant et surtout en se nourrissant des autres. 

La conclusion nous offre un bel écho à cette situation, tandis qu' Hissune regarde le soleil pour une dernière fois avant de rebrousser chemin pour retourner définitivement dans le labyrinthe afin d'assister Lord Valentin de Majipoor.

Je viens de détailler un peu ici les deux moments qui m'ont plu énormément mais beaucoup d'autres sont inoubliables, comme ce parcours dans le désert des rêves volés. La région désertique de Suvrael et sa galerie de portraits sublimes par exemple.

La découverte de Majipoor peut se poursuivre en plus, puisque Robert Silverberg a consacré de nombreux romans à ces terres imaginaires, si précises qu'on a parfois l'impression qu'on les a visitées pour de vrai.


Lescop en concert à Poitiers




La première fois que j'ai écouté Lescop, j'ai pensé à Etienne Daho (son premier album "Mythomane"). Je ne connaissais que deux singles (voir les vidéos au-dessus). L'occasion, hier soir, de découvrir son album sur scène. Une très belle surprise!!! Un chanteur et deux musiciens qui assurent. Un concert pro, bien léché, réel univers. Noirceur, sensualité... Merci Elo pour la soirée! 



http://www.popnoire.com/lescop_fr

Six Feet Under, Nos vies sans destin de Tristan Garcia

Six Feet Under, Nos vies sans destin de Tristan Garcia


Six Feet Under est une des meilleures séries de tous les temps et Tristan Garcia se propose dans cet ouvrage de nous offrir un voyage à travers ses personnages principaux et ses épisodes les plus mythiques.

En exergue, il cite les Smiths de There is a light that never goes out :

To die by your side
Well, the pleasure, the privilege's mine

Il associe avant même de prendre la parole deux moments clé qui résonnent très fort et m'émeuvent avant même de lire la première page.

Puis vient le prégénérique et cet incipit troublant : 

Six Feet Under m'a appris à pleurer. [...] Avec une largeur d'esprit et une acuité jamais vues à la télévision, Six Feet Under regarde la vie et nous regarde la regardant. Elle nous livre une micrologie de la vie quotidienne des classes moyennes fin de siècle, sans satire, ni caricature, et nous rend à nous-mêmes. Immense oeuvre étalée sur cinq années, Six Feet Under ressemble à une vaste opération de chimie qui dissout nos pensées, nos croyances, nos désirs et nos sentiments dans l'existence ordinaire; et quel est le précipité obtenu à la fin? Notre conscience de nous-mêmes, en larmes.

Il nous rappelle aussi que le tout dernier épisode de cette série, sa fin, sa mort en somme reste précieuse, c'est ainsi que Rares sont les séries qui savent mourir. [...] Quelle autre série aura connu une fin aussi poignante? [...] Le sens des vies de chacun n'aura été rien d'autre que la capacité de chacun à sentir ce que les autres ont ressenti : la possibilité de l'empathie [...] saisissant que le sens de la vie, hors de ses croyances, n'est rien de plus que ce qu'il a partagé de leurs sensations et de leurs sentiments pendant cinq ans.

Et ils nous manquent ces personnages, irremplaçables et irremplacés. En écho à Holden Caulfield à la fin du Catcher in the Rye : Ne dites j'amais rien à personne sinon tout le monde commence à vous manquer, on croit finalement s'être autant confiés à eux qu'ils se sont confiés à nous. Que le manque est grand alors et que cet ouvrage de Tristan Garcia fait du bien, lui qui ressuscite un instant, celui de la lecture, ces êtres qui désormais feront toujours partie de nous. Qu'il en soit ici remercié.

Et cette fin dont je ne me lasserai jamais, c'est ce que j'ai vu, moi, de plus beau. Et vous?

Genkaku Picasso de Usamaru Furuya


Et voila, j'ai failli oublié. Tandis qu'il pleut et que la France est recouverte par la grisaille, je me remémore ces jours chauds d'août où je lisais sur la plage. 

Et ces trois volumes que j'ai dévoré et dont je n'avais pas encore parlé. La fabuleuse série Genkaku Picasso de Usamaru Furuya publiés par les Editions Tonkam.

Il faut dire d'abord que ces trois gros volumes font presque mille pages à eux trois et qu'ils représentent une somme tout à fait incomparable qui se lit de manière addictive tant le soin apporté aux détails est grand.

Picasso est le surnom d'un ado qui excelle dans le dessin et les croquis. A la suite d'un accident, son amie meurt et lui continue de vivre tandis qu'elle lui apparaît sous une forme fantomatique réduite qui ressemble à sa conscience. Résumé, ça a l'air un peu compliqué, mais dans la durée de l'écrit et du dessin, c'est tout à fait limpide. Picasso a gagné, grâce à cette expérience de mort si proche, la capacité à dessiner les rêves et les cauchemars des autres, il arrive à être littéralement aspiré par le croquis et il lui incombe alors de solutionner la problématique de chacun. Jusqu'à la sienne propre.

C'est une série qui tient en haleine et qui permet de découvrir les liens entre conscient et inconscient et au-delà le rôle de l'art comme thérapie incomparable. 

Quant à la fin, elle est tout bonnement sublime et elle nous fait regretter que cette série soit finalement si courte.

From the avenue...sur Tumblr


Pour ce 600ème post (oh là là!!!) nous vous offrons cette vue que nous avons depuis l'Avenue. Et surtout nous profitons de ce message pour vous inviter à découvrir From the Avenue...sur Tumblr. 

Ce nouvel espace se veut une extension de ce blog avec principalement nos découvertes en tout genre (photos essentiellement, musique, publicités, cinéma et bien d'autres choses). 

L'originalité des blogs Tumblr est de partager ce que l'on a découvert "chez les autres" en "rebloguant" en un clic une photo, une citation, une vidéo sur son propre Tumblr tout en conservant la provenance de l'objet dupliqué.

Rendez-vous donc sur http://fromtheavenue.tumblr.com ! N'hésitez pas à nous faire partager vos propres Tumblr ou ceux qui vous appréciez. Vous pouvez également laisser des commentaires et contribuer en nous proposant vos photos, textes...

Bonne semaine à tous!

Mise à jour 07 juin 2013 : L'aventure Tumblr est terminé !

Chamamé de Leonardo Oyola

Chamamé de Leonardo Oyola éditions asphalte
Chamamé, c'est comme prendre une grosse bastos dans la gueule qu'on a pu éviter. Un road-movie halluciné qui démarre sans s'arrêter.

Chamamé, c'est voir un film de Tarantino en se disant : ok, une scène tranquille où ça discute de fric, de nanas et de pétards... mais elle arrive quand la tuerie ? Des dialogues, du genre :

Vingt, vingt-deux ans, il en avait pas plus, le bidasse qui trônait à la réception. Il était même pas né quand Terminator est sorti au ciné, un des films préférés du Pasteur. L'autre, c'était Le Roi des Rois.
"J'suis un ami de Sarah Connor. On m'a dit qu'elle était ici. Je peux la voir ? a demandé Noé en entrant dans le commissariat.
Le gamin a lâché son stylo et l'a regardé, tout étonné.
"Seigneur, qui cherchez-vous, monsieur?
- Primo, le Seigneur est aux Cieux, fiston. Deuzio, c'est à ce moment-là que tu aurais dû répondre : "Non, elle est en train de faire une déposition." Alors, je t'aurais demandé : "Où est-elle? et toi : "Ca peut durer longtemps. Vous n'avez qu'à attendre. Il y a un banc, là..."
On peut pas dire que tu m'aides.
- Monsieur, a repris le garde-chiourme. Je ne comprends rien à ce que vous me racontez."
(...) Les balles qui lui ont troué la poitrine, il n'a pas eu le temps d'entendre le bruit de la détonation.

La tuerie a commencé sans prévenir et le feu d'artifice explose. Et là je peux vous dire que le lecteur s'en prend plein la tête.

Chamamé, c'est une chanson et danse d'une région argentine. Un mot qui signifie "agir sans réfléchir". Sans plan, sans méthode, de façon improvisée.

Pourtant, Perro et le Pasteur Noé, en avaient un, de plan pour récupérer un max de fric. Sauf que malgré leur code d'honneur, l'un (Le Pasteur) a doublé l'autre. Et évidemment, après son séjour en prison, Perro est bien décidé à se venger de son compagnon de route.

Chamamé c'est aussi un retour dans le passé de ces deux allumés, dans leur enfance. En arrière plan, leur goûts musicaux (le rock et les Guns N'Roses) et les séries B, bien pourries. Leonardo Oyola nous offre une bande son tout au long du récit qui plante bien le décors.

J'adorais conduire en écoutant un des morceaux des Smashing Pumpkins, "1979". Y'avait un truc dans ce titre qui me faisait monter l'adrénaline, comme quand je passais les vitesses.(....) Bon, dans "1979", y'a un passage où le chanteur change de ton. On ressent parfaitement sa douleur. Ca sent la tristesse, la mélancolie.

Mais attention, il ne faut pas se méprendre sur nos deux pirates de la route. Montrer le moindre sentiment, c'est réservé aux pédales et aux fiottes. Ici, place aux vrais mecs, à la baston et aux scènes bien musclées. Léonardo joue sur les codes du cinéma de série B qu'il parodie avec jubilation. Cependant, j'avoue m'être perdu dans certaines scènes et délires. Un roman  qui sent la testostérone à 150% et qui décoiffe.

Je remercie Babelio pour ce partenariat et les Editions Asphalte pour l'envoi de ce roman.

Les Compagnons de l'Ombre Volume 10, nouvelles recueillies par Jean-Marc Lofficier

Les Compagnons de l'Ombre Volume 10, nouvelles recueillies par Jean-Marc Lofficier

Le volume 10 arrive et c'est la première de ces anthologies que je lis. 

Mon opinion est assez mitigée. Il y a là de bons moments de lecture où l'on se laisse porter par des aventures qui ressuscitent d'anciens héros, d'anciennes héroïnes, voire parfois les deux en même temps (Orlando de Virginia Woolf reprend du service!). C'est un mélange des styles, des époques, que proposent ces compagnons de l'ombre. L'ombre de ceux qui ont été adorés à l'âge de l'enfance ou de l'adolescence.

Le seul hic, c'est que je ne les connais pas tous et les parodies ou les pastiches sont parfois durs à apprécier quand on ignore les originaux. 

Je me suis réjoui cependant de voir Judy Garland et Mickey Rooney disparaître lors de la première du magicien d'Oz en 1939 au milieu d'une histoire du Docteur Omega.

A tel point que je ne résiste pas à la joie de vous faire partager ce beau moment de lecture :

Elle poussa un petit hoquet lorsqu'un jeune homme rouquin au visage poupin aida une jeune dame brune à descendre d' une limousine. Le jeune homme portait un smoking et la jeune femme une robe du soir en soie verte. Ils sourirent largement et saluèrent la foule de la main en se dirigeant vers le hall du cinéma. A leur entrée, la jeune femme remarqua immédiatement Madeline. Avec un large sourire, elle se dirigea vers elle. 

-N'es-tu pas la plus mignonne...

Judy Garland n'acheva jamais sa phrase. Ces mots furent arrachés à ses lèvres par un vent soufflant en tempête. L'ouragan mua sa coiffure soigneusement élaborée et ses luxueux vêtements en lanières effilochés.

Mickey Rooney voulut saisir Judy et hurla quand des bouts de sa main et de son bras se désintégrèrent en multiples fragments multicolores qui furent happés par un petit cyclone, tel un essaim d'abeilles avalé par une tornade.

Tout n'est pas aussi exceptionnel dans ce recueil, mais j'ai aimé croiser le fantôme de l'opéra, Madame Atomos (notamment dans une uchronie aussi brève qu'efficace), les dents de la mer, de la SF, de la fantasy, de l'aventure et même des cowboys (dont Lucky Luke) ce qui, je dois bien l'avouer, m'a beaucoup moins plu.

Lorsque j'en ai discuté avec Philippe Ward (le directeur de la collection), il m'a avoué qu'il y avait certaines nouvelles dans d'autres volumes qui réunissaient aussi par exemple Babar et Tarzan, alors vous imaginez bien que je vous en reparlerai sur l'Avenue.

Lignes noires - Editions Polystyrène

Lignes noires - Editions Polystyrène

Voici une bande dessinée au concept original. Le livre est un très bel objet dont sa forme intrigue. En effet, l’album se déplie à la manière d’un triptyque offrant ainsi trois livrets . Chaque livret s’ouvre du bas vers le haut. Chacun d’entre eux raconte un chapitre d’une même histoire, mais selon trois points de vue différents. 

Lignes noires - Editions Polystyrène
Lignes noires est un polar dont le lecteur comprendra le scénario et les liens entre les chapitres  en déployant chaque livret. L’histoire qui paraît simple au premier abord s’avère être une intrigue captivante. 
  
Une fois terminé, le lecteur s’amusera à relire les trois parties « La fuite », « En avant », « Des hommes »  dans un ordre différent et  découvrira certains détails qui lui auront peut-être échappés. 

Lignes noires - Editions Polystyrène
Un album scénarisé et dessiné à quatre mains (Adrien Thiot-Rader et Ludovic Rio). C’est le quatrième projet de cette jeune maison  d’édition : Les éditions Polystyrène basée à Angoulême.

Moomin le chapeau de magicien de Tove Jansson

A l'ombre d' Halloween de Joseph Ouaknine

A l'ombre d' Halloween de Joseph Ouaknine rivière blanche

Pour se préparer à la fête d'Halloween qui approche, je me suis tourné vers la collection noire de Rivière Blanche. Ce titre m'a interpellé, d'autant plus que j'avais découvert une nouvelle extraite du recueil qui suit le roman dans l'anthologie Les Trésors de la Rivière Blanche. Elle m'avait beaucoup plu et je voulais vraiment découvrir cet auteur au long cours.

Le roman, tout d'abord, tient en haleine à mesure que l'on suit les aventures d'un homme qui souhaite organiser l'anniversaire de ses 20 ans sur le thème d'Halloween. Il est accompagné dans cette tâche par un frère et une soeur dont la boutique de déguisements et de farces et attrapes aurait bien besoin de cette somme d'argent pour relancer son commerce. Un manoir de famille quasi abandonné est choisi et peu à peu on apprend qu'une légende entoure cet endroit : celle d' Halloween le bienheureux. Mais n'est-ce après tout qu'une légende?

La galerie de portraits qui nous est proposée ici est vaste : un prestidigitateur dont la popularité décroit, une diseuse de bonne aventure dont la caravane recèle bien des secrets, des spécialistes du Ouija qui appellent les esprits comme on passerait un coup de fil.

J'ai passé un excellent moment avec cette lecture, même si j'ai trouvé la fin un peu légère. Dans le même temps, je pense que c'est cette légèreté qui fait tout l'intérêt du livre. La joie de se laisser porter par une intrigue et surtout une ambiance bien de saison.

Quant aux nouvelles, recueillies ici sous le titre de Passions Fatales, elles sont non seulement très bonnes individuellement, mais elles offrent aussi l'avantage de se répondre parfois les unes les autres. Ces échos les rendent absolument irrésistibles. Par exemple, les deux premières de ces treize (forcément) nouvelles sont intitulées Projet félin et Projet félin II. D'un côté un personnage déteste les chats, de l'autre, un les vénère. La fin sera tout aussi tragique, faites confiance à Joseph Ouaknine. De manière moins marquée mais tout aussi jouissive, des démons resurgissent d'une nouvelle à l'autre et l'on se plaît à les découvrir et à les redécouvrir. De l'une à l'autre c'est tout un monde gothique qui se met en place et on ferme le livre en regrettant qu'il ne soit pas plus long. 

Le premier chapitre est offert ici et on y trouve également des liens vers les sites de l'auteur et celui de  l'illustrateur. Merci à Rivière Blanche de publier tant de textes d'une si grande qualité. 

Françoise Hardy, L'amour fou


2 ans après son album La pluie sans parapluie, Françoise Hardy, entourée de Calogero, Thierry Stremler, Julien Doré, Alain Lanty et bien d’autres, nous propose 10 superbes chansons pour son nouvel album L’amour fou, à paraître le 5 novembre.
Son premier roman, portant le même nom que l’album, sortira le 31 octobre aux éditions Albin Michel, quatre ans après son autobiographie Le désespoir des singes et autres bagatelles... , qui a connu un large succès s’écoulant à plus de 450 000 exemplaires.
Un retour artistique majestueux bercé par un thème que Françoise Hardy affectionne particulièrement depuis ses débuts, celui de l’amour impossible, l’amour aussi passionné qu’autodestructeur, celui qui fait perdre la raison.

Le monde à l'endroit de Ron Rash

Le monde à l'endroit de Ron Rash

Depuis le temps que je voulais découvrir Ron Rash! C'est fait! Et je le regrette absolument pas, bien au contraire. J'ai été emporté direct et je n'ai pas lâcher le livre jusqu'à la fin. Même si l'histoire paraît presque banale au départ, je me suis laissé surprendre à tourner les pages comme ça l'air de rien et à avancer, avancer...
 
L'histoire se déroule dans une région des Appalaches à la fin des années soixante-dix. Voué à l'échec selon son père, Travis Shelton, va être recueilli durant l'été de ses 17 ans par Leonard Shuley, ancien professeur, devenu dealer. Il lui fera découvrir d'autres horizons que ceux pour lesquels il est destiné (cultivateur de tabac comme son père).

Des décors splendides. Une galerie de personnages façonnés par leur milieu social et la nature. Le passé de la guerre de Sécession qui ressurgit. La rébellion, des choix cruciaux à prendre, les erreurs de jeunesse, filiation et transmission. Autant de thèmes réunis dans ce roman initiatique, magnifiquement dépeints à travers une très belle écriture. 

Ron Rash construit admirablement bien son récit. Chaque personnage gravitant autour de Travis lui servira de révélateur, le forcera à réfléchir, à se confronter aux autres et à lui-même. 

Le dernier quart du récit offre une scène sous la pluie époustouflante, où les trois figures masculines du récit vont être mis en face à face, avec un jeu de pouvoir et de mainmise sur l''autre sans cesse en basculement.   

Le monde à l'endroit est aussi un superbe roman noir, dur et tragique.

Ron Rash est un écrivain que j'ai eu plaisir de découvrir. Les lecteurs qui apprécie la plume de Jim Harrison et des écrivains de “nature writing” devront y trouver leur compte. 

Je vous invite à découvrir l'avis d' un cannibale lecteur avec qui je partage le point de vue.

Pike de Benjamin Whitmer

Pike de Benjamin Whitmer gallmeister

Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman des éditions Gallmeister, estampillé "littérature des grands espaces américains". Pourtant je savais que cette fois-ci, je ne retrouverais pas l'air vivifiant de la nature, les charmes des rivières où il est bon de pêcher la truite. L'histoire se déroule en ville, durant les années Reagan en plein hiver, où la neige fondue se mêle à la boue et à la crasse. Côté paysages, de magnifiques rues sinistres, des squats de junkies, des entrepôts désaffectés et des motels miteux.
 
Downtown Cincinnati, un restaurant dans une ruelle. A l'extérieur, quelques voitures rongés par le sel avancent dans la bouillasse de neige fondue, mais le trottoir est désert.

C'est dans cette ambiance chaleureuse que l'on voit apparaître le personnage de Pike.

Pike descend Mulberry street au ralenti, une main posée sur le volant, scrutant la surface chiffonnée de cette rue d'Over-The-Rhine de ses yeux gris plissés. Les fissures béantes de la terre sous les fondations des étroits immeubles victoriens. Les petites pelouses jonchées de détritus et de bris de verre. La neige lacérée de pisse jaune.

Pike est un ancien truand. Il se retrouve du jour au lendemain avec sa petite fille qu'il n'a jamais connu sur les bras. Sarah, sa mère vient de mourir d'une overdose. Accompagné d'un jeune paumé, Rory, ils vont en savoir plus sur les circonstance de sa mort. Ils devront s'armer de courage mais aussi et surtout d'une sacrée paire de c...., de leur flingue chargé au max. Ils n'hésiteront à employer la manière forte, à cogner celui qui ne veut pas cracher le morceau, pour apprendre la vérité. Une descente dans les bas fonds des quartiers pauvres de Cincinnati, le milieu des putes et des dealers que le lecteur n'est pas prêt d'oublier. Autant vous dire que c'est glauque, irrespirable et plutôt triste. Rajoutez à cela, un flic corrompu, ignoble et violent, bien décidé à faire taire ceux qui osent interférer dans son trafic de stupéfiants.

Pour son premier roman, Benjamin Whitmer frappe fort avec des personnages en souffrance, des scènes de baston où le sang gicle et se mélange au vomi et à la sueur. Les dialogues sont percutants, laissent un goût d'amertume, de regrets, de désillusions et de non-dits. 

Une lueur d'espoir ? Oui quand même, mais une toute petite comme celle d'une faible bougie qui s'apprête à s'éteindre. 

Les références à Jim Thompson et David Goodis (sur la 4ème de couverture) ne sont pas usurpées. Un superbe roman noir sévèrement burné qui laisse des traces chez le lecteur. C'est avec une envie de grands espaces et d'air pur que j'ai enchaîné mes lectures avec Le monde à l'endroit de Ron Rash dont je parlerais prochainement.

tous les livres sur Babelio.com

Les Robots de l'aube d'Isaac Asimov

Les Robots de l'aube d'Isaac Asimov j'ai lu

La dernière fois que j'avais lu Isaac Asimov, j'étais lycéen. Je n'avais pas tout compris, mais ça m'avait plu. Ce qui m'avait troublé c'était la manière incroyable avec laquelle les mondes prenaient vie sous nos yeux. On pouvait presque les toucher et ils semblaient me poursuivre jusque dans mes rêves.

Tant d'années après, je reprends le cycle des robots qui m'intriguait depuis un bon moment et je commence avec celui-ci. J'y découvre le personnage d'Elija Baley qui est un policier terrien à qui de nombreuses aventures sont déjà arrivées. Il a même été le héros d'une émission dramatique que tout le monde connaît pour l'avoir visionné en hyperonde. Un de ses objectifs est d'entraîner des équipes à vivre à l'extérieur tandis que désormais les hommes et les femmes vivent reclus sous terre. Son but affiché? Pouvoir un jour permettre à l'humanité de conquérir de nouveaux mondes.

Voila qu'une enquête ardue s'offre à lui. Il est envoyé sur Aurora afin d'élucider le meurtre d'un robot qui s'est déroulé dans des circonstances on ne peut plus mystérieuses qui ont conduit à son "gel mental". Aidé par R. Daneel et Giskard, des robots humaniformes aux nombreux talents, les investigations débutent.

Et alors là, je dois avouer que, même si je ne suis pas foncièrement porté sur les romans d'investigation où l'on découvre un faux coupable, puis finalement le vrai coupable, celui-ci m'a plongé dans une véritable joie de lecture et je l'ai dévoré. Parce que ce sont avant tout des personnages exceptionnellement bien décrits dans un monde et sur une planète qui vibrent d'intensité et qui n'ont pas pris une ride. Du coup, j'ai maintenant envie d'en lire d'autres et de découvrir les chemins du futur tracés par Isaac Asimov, la route est longue mais je pense que vous me lirez à ce sujet prochainement de nouveau.