Mapuche de Caryl Férey

Pour ceux qui auraient raté ce roman lors de sa parution en 2012...Voici la sortie poche ! Un grand coup de coeur sur l'Avenue... : lire mon avis

Mapuche - Caryl Férey - Folio policier - 2014

Von Pariahs - Hidden tensions



titres extraits de l'album Hidden Tensions - Differ-ant - 2013 (+ d'infos)


En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis

   En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis - Le Seuil - 2014.

Bon déjà , avec un titre pareil, ça me donne envie. J'ai à peine lu la quatrième de couv, rien lu sur l'écrivain, je sais juste qu'il a 21 ans et que c'est son premier roman...autobiographique. Allez hop, j'ouvre le bouquin.

Fin de journée.

Bah voilà, j'ai pris ma première baffe littéraire de l'année. Putain ça calme. Désolé pour ce commentaire brut mais là, je n'arrive pas à m'exprimer autrement. Enfin je vais essayer pour la suite.

Un roman que vous ne lâchez pas avant d'avoir terminé. Sincèrement, ce n'est pas si fréquent (enfin pour ma part).

Première scène. Collège de campagne. Eddy Bellegueule reste sans rien dire, le sourire aux lèvres (de peur des représailles) après s'être fait cracher dessus. Puis il se fait tabasser. Là encore sans rien dire. A partir de là, Eddy nous parle de sa vie dans un village du Nord avec sa famille où pauvreté et violence font bon ménage.

Et là je peux vous dire qu'on y croit à ces personnages. Un père gros et gras, ne bouffant que des frites, se bourrant la gueule tous les soirs avec ses copains de l'usine...avant de se retrouver au chômage pour invalidité. Une mère qui passe son temps à récurer sa porcherie de maison tout en insultant la télévision quand elle voit un noir ou un arabe. Pleine de rancœur, de dégoût vis à vis de la société et des politiques en général. Des frères qui reproduisent ce qu'ils voient au quotidien : se battre avec les copains, picoler et fumer et tenter de lever les filles du village qui sont bien entendus que des salopes.

Manque de chance pour cette famille, leur fils, Eddy est tout le contraire d'eux. Il n'en faut pas beaucoup pour que ses parents s'inquiètent et se révulsent de ses manières de fille, sa voix aiguë, son asthme qui l'empêche de se battre, toujours fourré dans les jupes de sa mère. Une vraie lopette, une sale tapette, une grosse fiotte ma parole ! Et puis ça commence à jaser dans le village, que vont dire les voisins ? Que dire à l'entraîneur de foot qu'Eddy ne veut plus en faire ?
 
Eddy passe son temps à essuyer les moqueries et les insultes de ses "camarades" et de ses parents. Souffrance, angoisse, peur. Honte d'être soi-même. Dégoût et rejet de sa propre sexualité. Tenter de rentrer dans le moule, d'être un vrai dur (comme il se le répète tous les jours pour s'en convaincre qu'aujourd'hui il sera un dur, un vrai). Dans l'impossibilité de se révolter, il entrera dans une relation sado masochiste avec ses cousins qui abuseront de lui. Eddy aura bien du mal à correspondre à ce que l'on attend du lui, à se construire, à se créer une identité propre.

C'est tout ce quotidien répugnant et violent, cette accumulation de misère qui sont passés en revue. L'auteur retranscrit le langage parlé de ses proches, ce qui donne une force et une véracité au récit. On se demande en tant que lecteur comment Eddy va réussir à s'en sortir dans de telles conditions, à vivre son homosexualité.

Certains reprocheront à Édouard Louis de trop en faire, d'être constamment dans l'apitoiement, dans le misérabilisme. Pour ma part, j'ai trouvé ce récit d'une grande justesse et d'une sincérité désarmante. Ce qui est assez réussi, c'est qu'à aucun moment, Eddy se pose en victime ou montre un doigt accusateur ses parents ou ceux qui le martyrisent.

Et enfin ce début de roman, superbe : 

De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé un sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître.

Un témoignage dur et révoltant sur la bêtise, la vulgarité, et l'ignorance. Un premier roman réussit, très émouvant. Un vrai choc. 

  

http://edouardlouis.com 

un autre avis très détaillé : ici
 
En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis - Le Seuil - 2014.

Vie animale de Justin Torres

 Vie animale - Justin Torres - traduction de l'américain par Laetitia Devaux - Editions de l'Olivier - 2012

Pour son premier roman, Justin Torres frappe fort, et même très fort.

Trois frères métis de 7 à 10 ans , unis pour le meilleur et pour le pire. Avec pour parents, une jeune mère qui a eu son premier enfant à l'âge de 14 ans et un père brutal. Pour chaque chapitre relatant une scène de la vie quotidienne de cette famille, Justin Torres nous offre un condensé d'émotions. Le point de vue est celui d'un des enfants, le plus jeune qui grandira avec ses frères. Chacun doit s'affirmer, s'imposer, trouver sa place dans cette famille. 

Derrière l'énergie débordante de cette fratrie, c'est la misère sociale et affective qu'imaginera le lecteur.  Quand l'amour est aussi fort que la haine, cela donne un cocktail joyeux, sauvage, tendre et âpre à la fois. 
  
Un court roman qui vous frappe en plein coeur, qui vous fait passer des rires aux larmes en une fraction de secondes. 

Un roman puissant et renversant qui ne m'a pas laissé différent. 


Vie animale - Justin Torres - traduction de l'américain par Laetitia Devaux - Editions de l'Olivier - 2012 - Disponible en Poche : collection Point - 2013

En savoir + sur l'écrivain


 



Julius Shulman - Modernism rediscovered

Modernism rediscovered - Julius Shulman - Editions Taschen - 2013
Nous avons tellement vu certains bâtiments des années 1950 et 1960 dans des livres ou des magazines qu’ils représentent aujourd’hui l’esprit du design architectural de cette époque. Mais qu’en est-il de ceux qui ont été oubliés en route et qui n’ont jamais, ou presque, trouvé leur place dans ces publications?

L’échange d’information visuelle est absolument essentiel au développement, à l’évolution et à la promotion des courants architecturaux. Un bâtiment qui n’est pas assez mis en valeur et dont on ne publie quasiment pas, voire jamais, la photo, ne pourra jamais être pris en compte dans le discours général sur l’architecture. Julius Shulman a photographié de nombreux bâtiments dont les clichés sont tombés dans l’oubli, et eux avec. Grâce à ce livre, TASCHEN les fait sortir de l’ombre dans un grand hommage au modernisme californien sous toutes ses formes.


Les archives inexploitées de Julius Shulman font apparaître un visage oublié du modernisme. En rassemblant près de 300 chef-d’œuvres délaissés, Modernism Rediscovered rend hommage à ces réalisations moins célèbres, mais tout aussi exceptionnelles et essentielles dans la constitution de ce mouvement moderne de l’architecture. C’est un peu comme de se glisser à l’intérieur d’une histoire intime, dans des maisons rarement présentées que l’on avait jusqu’ici pas vraiment eu la chance d’apprécier.
(source Taschen)


En prévision : des heures à regarder chaque maison, chaque agencement, chaque détail et s'imaginer y séjourner, y vivre, prendre une tasse de thé, écouter de la musique dans une de ces somptueuses maisons... Merci une nouvelle fois les éditions Taschen pour ce travail remarquable !

Modernism rediscovered - Julius Shulman - Editions Taschen - 2013

Modernism rediscovered - Julius Shulman - Editions Taschen - 2013 + de photos

Jack Holmes et son ami d'Edmund White

Jack Holmes et son ami d'Edmund White

Une fresque qui s'étale du début des années 60 jusqu'à la fin des années 90 où l'on suit une grande amitié entre deux new-yorkais. Deux personnages centraux, Jack Holmes qui aurait bien voulu être l'amant de Will Whright. Mais malheureusement pour lui, Will préfère les femmes. C'est d'ailleurs Jack qui lui présentera sa future femme.

Will sera l'amour impossible de Jack. Jack sera le seul véritable ami de Will. Ils se perdront de vue pour mieux se retrouver à l'aube de chaque décennie.

Même si j'ai eu de la peine à quitter le personnage de Jack à la fin de la première partie du roman, force est de reconnaître qu'il était intéressant pour la construction de l'histoire de changer de regard. Avec un point de vue différent, celui de Will que l'on retrouve dix ans plus tard (les deux hommes ont alors la trentaine). 

Un roman habile où Edmunt White donne à voir la différence de perception du sentiment amoureux et de la sexualité entres homos et hétéros. Il ne s'interdit rien et étudiera sans détour la question du désir et du plaisir sexuel, notamment celui des femmes. Ce qui pourra peut-être étonner les lecteurs de l'écrivain qui à ma connaissance s'est focalisé principalement sur la vie homosexuelle dans ses précédents romans. 

Un ôde à l'amitié avec un grand "A" entre homo et hétéro. Première fois que je lis une histoire sur ce thème. Ça fait du bien ! 

L'écrivain n'évite pas certains clichés côté scènes chaudes mais se rattrape par son analyse psychologique assez pertinente. Un regard aiguisé sur l'être humain, son rapport au corps, sa sexualité et ses tabous. Enfin, j'ai bien aimé son écriture intelligente, crue et tendre à la fois. 

Merci à ma moitié pour ce beau cadeau ! 


Jack Holmes et son ami - Edmund White - Traduction : Céline Leroy - collection Feux croisés - Editions Plon - 2013

Retrouvez les interviews de l'écrivain sur le site des Editions Plon.

Au-delà des terres infinies de Genyû Sôkyû

Au-delà des terres infinies - Genyû Sôkyû - traduit du japonais par Corinne Quentin - Editions Philippe Picquier - 2008

C'est en cherchant désespérément un livre dans mes étagères (que je n'ai finalement point retrouvé, grrrr....) que je suis tombé sur ce roman lu il y a quelques années déjà. L'occasion de le refeuilleter, d'en relire des passages. Un livre, véritable coup de coeur que je souhaite partager aujourd'hui malgré mes souvenirs un peu flous.
A travers ce roman, Genyû Sokyû invite le lecteur à pousser la porte d'un temple bouddhiste, situé au coeur des montagnes japonaises et de suivre un couple, un jeune bonze et sa femme qui s'en occupent. Leur vie va être bousculée par Madame Ume, une médium, habitante du village qui prédit sa propre mort.

Avec ce livre, j'ai pu découvrir de manière très concrète la vie quotidienne de ce moine (prières, cérémonies, les villageois qui le sollicitent), ses questionnements sur la vie en générale, sur la religion pour lesquels il n'a pas parfois pas de réponses.

J'ai été ému par la manière dont ce couple va être contraint d'une certaine manière à tenter de comprendre et de réfléchir sur la mort qui fait partie de la vie, sur l'acceptation de la mort, sur le passage vers l'eau delà.

Une lecture d'une grande douceur et très apaisante. Un livre loin des clichés du genre étiqueté “100% zen” (avec recette zen attitude à deux balles). Au contraire, une merveille porte d'entrée sur la découverte du bouddhisme et de la compréhension de soi.

Au-delà des terres infinies - Genyû Sôkyû - traduit du japonais par Corinne Quentin - Editions Philippe Picquier - 2008 / poche (2010)

La vie précieuse, jour après jour - Selim Aïssel

La vie précieuse, jour après jour : aphorisme pour l'hiver - Selim Aïssel - S.E.M. pouce - 2013

23 décembre

Quand j'attends quelque chose des autres,je suis dans un état infantile et immature

25 décembre

Le but d'une vie est de réaliser sa propre nature,
non à travers ce qu'on fait, mais par ce qu'on est,
afin de devenir un bienfait pour les autres.

27 décembre

Quand tu pense que quelqu'un ne peut pas changer,
tu l'enfermes dans son incapacité d'évoluer.
Vous êtes deux à être prisonniers.
C'est comme jeter un mauvais sort.

28 décembre

Quand on commence à accuser les autres,
on finit toujours par ne plus pouvoir
se supporter soi-même.

8 janvier

Les échecs dans tous les domaines
viennent de forces d'opposition en soi,
qui ne veulent pas ce qu'on est en train de faire.

Extraits de La vie précieuse, jour après jour : aphorisme pour l'hiver - Selim Aïssel - S.E.M. pouce - 2013


Happy birthday Tintin !



Tintin est au-dessus de la mêlée... et en même temps très présent dans nos existences. Cela dure depuis 85 ans. Personnage de fiction, certes, il semble définitivement figurer au panthéon des héros des temps modernes. Privé d'album depuis 1976, le petit reporter n'en finit pourtant pas de vivre de nouvelles aventures, au cœur de nos vies, mais aussi de nos constructions mentales les plus exaltantes. Tintin is Alive ! (source)

Jeune et jolie de François Ozon


Le blu-ray du dernier film de François Ozon vient d'arriver From the avenue...Nous avions guetté sa sortie en ce début janvier. Les visiteurs de notre blog ne seront pas surpris de cet achat (hé hé hé).  

Si le réalisateur nous avait donné l'habitude pour chaque dvd de proposer des bonus fournis (commentaires audio, making of, scènes coupés, projets affiches...) force est de constater qu'ici il n'en ai rien ou presque. Exit le commentaire audio (comme pour le dvd de Dans la maison) et le making off. Pourtant ces bonus apportent un réel intérêt pour les cinéphiles. Mais Ozon avait dit que l'exercice du commentaire lui déplaisait. Et puis j'imagine que la sortie d'un DVD de plus en plus rapprochée de la sortie en salle empêche le réalisateur de soigner ces compléments (bon ok je suis naïf, les vrais raisons sont sûrement ailleurs).

Nous aurons droit pour cette édition à 40 minutes de bonus : entretiens, scènes coupées, essais costumes, Cannes, projets d'affiche et bande annonce.

Vous me direz que je me plains en ce début d'année alors que je n'ai même pas encore regarder le blu-ray en question... Vous n'auriez pas tout à fait tort. Bref, "Jeune & jolie" vient compléter notre collection ozonienne (ok j'invente, et alors !) et la perspective d'une soirée en compagnie de Marine Vacth n'est pas pour nous déplaire. 

Notre avis sur le film lors de sa sortie en salle cet été : c'est ici

Freier fall de Stephan Lacant




Hier soir, après avoir vu l'excellent film l'Odyssée de Pi (Ang Lee après plusieurs décennies reste toujours aussi varié et incomparable), nous avons décidé de découvrir un film gay allemand qui nous a sidérés. A la suite de Piscine Molitor, il en fallait pourtant! Et bien ce film nous a encore plus plu que le précédent mais dans un registre tout différent, jugez plutôt.

En effet Freier Fall, Chûte libre donc, nous a donné à voir le monde de la police allemande sous un angle bien particulier. Deux policiers se rencontrent à l'université. Ils se retrouvent pour s'entraîner à la course d'endurance. L'un des deux se donne pour but d'apprendre à l'autre à respirer. Intimité, sexualité, amour vont peu à peu se succéder entre eux mais l'un des deux est marié et sa femme accouche. Le ton est juste, crédible, troublant et l'on suit passionnément leurs aventures forcément tragiques. Ce qui est beau c'est qu'en devenant toujours plus eux-mêmes, ils nous interrogent aussi sur nous c'est à dire sur l'humanité tout entière. A voir absolument et à commenter ici-même!

Prisoners - The ghost writer


Deuxième film de l'année qui nous a bien scotché ! 2h30 de suspens sans temps mort. Comme Dasola, nous ne pouvons que vous conseiller de le voir !




Le premier film de cette nouvelle année que nous avons aussi adoré. Un film aux allures  hitchcockiennes, très brillant signé Roman Polanski. Les acteurs y sont tous très bons. La musique d'Alexandre Desplat est une fois encore très bien trouvée et donne une vraie atmosphère au film. La scène finale est superbement poétique. Un film qui nous avait échappé lors de sa sortie en salle. Retard enfin rattrapé. Dasola en parle aussi : c'est par ici.