Une année sans Cthulhu de Smolderen et Clerisse


Quelque part dans le Lot au milieu des années 1980... Un groupe d'adolescents joue au jeu de rôle "L'Appel de Cthulhu". Quand un massacre inexplicable perpétré dans une villa provoque le trouble dans la petite ville et ravive des rancoeurs que l'on pensait enterrées, tout laisse à penser que cette innocente partie a livré le village aux mains du plus sanglant des dieux sanglants de l'histoire de l'humanité...(source éditeur)

J'avais découvert le duo Smolderen et Clerisse avec Un été diabolik. Ils me régalent une fois de plus avec cet album sorti le 04 octobre dernier.


Ambiance années 80, rétro gaming, jeu de rôle, polar...il y a tout pour me plaire. Le scénario est imparable, dense et habile magnifiquement servi par les illustrations aux couleurs adéquates à l'ambiance. Les cases sont riches, inventives et découpent habilement le scénario. Le duo Smolderen/Clerisse fonctionne à merveille. 


Rapidement on s'attache aux personnages, des lycéens plongés dès les premières pages dans leur jeu de rôle préféré. Et pas besoin de s'y connaître en la matière pour adhérer à l'histoire. Au pire ça donne envie de (re)découvrir les écrits de Lovecraft ! L'intrigue est fine et on se prête au jeu de deviner les gros méchants dans cette histoire où les phénomènes étranges se multiplient.



La post-face est des plus éclairantes sur la cuisine du duo. Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse ont pu approcher, différemment, l'univers des jeux de rôle de l'époque, s'en inspirer et en faire un matériaux créatif des plus réussis. 

Un vrai régal de lecture pour une bande dessinée que je ne manquerai pas de prêter ou d'offrir.  

Une année sans Cthulhu de Smolderen & Clerisse - Editions Dargaud - 2019

The Institute : a novel by Stephen King

Stephen King, The Institute

Paru le 10 septembre en anglais, impossible d'attendre la traduction tellement ce dernier titre de Stephen King fait envie. Il y est question d'un surdoué kidnappé qui se retrouve à l'Institut au milieu d'autres jeunes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Les télépathes et les télékinésistes mineurs ainsi enlevés à leurs familles massacrées sont entassés et utilisés par des adultes qui leur font faire tout un tas d'expériences  plus horribles les unes que les autres. 

Forcément il y a des parallèles avec les camps de concentration qui sont assumés par le narrateur. D'autant plus que  ce lieu aurait été construit à la fin de la deuxième guerre mondiale pour éviter la fin du monde...

Quel programme!  

Stephen King sait nous maintenir en haleine comme toujours et y arrive presque pendant toute la durée de ce roman qui, à mon goût, aurait gagné à être légèrement plus court. Avec 100 ou 200 pages en moins je ne me serai jamais ennuyé tandis que là, selon moi, il y a quelques redites et des longueurs qui auraient pu être évitées. 

De plus, je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages, ce qui est dommage dans un tel livre. Mais l'écriture reste de qualité et très fluide. Il est prévu qu'il sorte l'année prochaine en France mais je ne le relirai pas traduit. 

Ce fut un bon moment mais aussi vite lu qu'oublié. Un peu comme une série télé, ce qu'il deviendra peut-être un jour...





Les meurtres de Molly Southbourne de Tade Thompson - Prix Julia Verlanger 2019


Molly est frappée par la pire des malédictions. Aussi les règles sont-elles simples, et ses parents les lui assènent depuis son plus jeune âge.
Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi.
Ne saigne pas.
Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents.
Molly se les récite souvent. Quand elle s’ennuie, elle se surprend à les répéter sans l’avoir voulu… Et si elle ignore d’où lui vient cette terrible affliction, elle n’en connaît en revanche que trop le prix. Celui du sang.(présentation de l'éditeur

Ça commence dans une cave avec une fille attachée, blessée, torturée. Elle rencontre sa ravisseuse, Molly Southbourne qui tient à lui raconter son histoire.

Le lecteur va alors suivre la vie de Molly depuis son enfance jusqu'à l'âge adulte. Elle vit avec ses parents dans une ferme isolée. Ils l'entourent de mille soins au vu de son étrangeté : dès qu'elle perd un peu de sang (coupure par exemple) un double d'elle-même est généré et tente aussitôt de la tuer. 

Ça ne va pas être de la tarte pour la jeune fille qui suit à la lettre les recommandations de ses parents : consignes strictes pour survivre : ne pas saigner, si c'est la cas, asperger la plaie et le sang de détergent. Du coup, on se demande vraiment comment elle va pouvoir avoir une enfance et une vie adulte normales. 

Autant vous dire que j'ai lu cette novella d'une traite parce que le postulat de départ est dingue et que Tade Thompson par son style vous happe dès le départ. Une envie irrépressible de tourner chaque page de plus en plus vite.

L'horreur et le gore ne sont jamais bien loin. Mais sans descriptions dégueulasses mais plutôt du genre à vous faire sursauter et à vous laisser en tension permanente. Au delà du malaise psychologique qui s'insinue en vous, le roman est plus profond qu'il n'y paraît au premier abord. De part ses thèmes finalement assez classiques : apprentissage de la vie, histoire de double, difficulté de l'acceptation de soi, maltraitance du corps, découverte de la féminité. Le tout traité avec intelligence et finesse. 

Tout ça pour vous dire que ce livre est vraiment excellent et que je lirais la suite parue en anglais cet été. Pour les curieux, c'est par ici.

Les meurtres de Molly Southbourne - Tade Thompson - Traduit de l'anglais par Jean-Danièl Brèque - Collection Une heure lumière - Le Bélial - 2019


Helstrid de Christian Léourier - Prix Utopiales 2019

Helstrid de Christian Léourier - Prix Utopiales 2019


Vic est arrivé sur Helstrid suite à une déception amoureuse sur la Terre. Les conditions sur cette planète sont plutôt sympathiques : - 150°C et une atmosphère toxique, privée d’oxygène. Il doit extraire du minerai et l’envoyer sur Terre…enfin plutôt de gros engins qui font le travail à sa place. La compagnie spécialisée tient à ce qu’il y ai encore quelques humains qui restent à vérifier que ces IA fassent bien leur boulot. Le voilà donc embarqué pour superviser un convoi de ravitaillement à bord d'un camion nommée Anne-Marie. . Et comme Vic n’a rien à faire, il commence à ruminer dans sa tête repensant à sa vie d’avant et se met à parler à Anne-Marie. C’est un peut bête, hein ? Pas forcément car la IA a été très bien programmé et est tout à fait capable d’avoir une conversation même très poussée…on croirait presque qu'elle est hum…

Evidemment une grosse tempête inhabituelle se lève et les ennuis commencent. Vic se retrouve vite au piège car dans l’incapacité de prendre la moindre initiative, Anne-Marie ayant tout prévu. Elle ne cesse de le rassurer et lui conseille même de continuer à lui parler pour que son moral reste bon et à bien respirer pour éviter de consommer de l’oxygène plus qu’il n’en faut. Lui qui avait fuit la Terre pour faire table rase du passé et reprendre sa vie en main...

Si l’intrigue commence gentiment, la tension monte et ce huit-clos devient de plus en plus prenants. Les paysages de cette planète hostile sont magnifiquement décrits par la plume précise et visuelle de l'auteur. J’ai pu lire des avis mitigés au vu des autres écrits de Christian Léourier. Pour moi qui découvre l’écrivain et un "petit" lecteur de SF, j’ai été saisi. La réflexion sur les IA est des plus intéressante, laissant un certain frisson  quant au rapport que l'humain entretient avec la machine déjà aujourd'hui. 

Un roman court saisissant et efficace qui a bien alimenté mes réflexions sur l’intelligence artificielle, un des sujets majeurs de la 20ème édition du festival des Utopiales dont nous revenons. A n’en pas douter, la science-fiction permet de décoder notre monde d’aujourd’hui pour mieux le comprendre et appréhender les défis de demain. Un festival des plus stimulants intellectuellement mais qui a le désavantage d’augmenter considérablement notre PAL ;-)

Helstrid - Christian Léourier - Collection Une heure lumière - Le Bélial - 2019