L'art du suspense : mode d'emploi par Patricia Highsmith


Il y a trois ans, je m'étais acheté Le meurtrier avec la perspective de le lire dans le train de retour d'un voyage. Finalement ce n'est qu'à la fin de novembre dernier que je me suis plongé dans ce livre. 

A chaque lecture d'un roman ou d'une nouvelle de cet écrivain, je prends un grand plaisir de lecture. Patricia Highsmith, c'est une atmosphère, un rythme plutôt lent, une aventure psychologique et des personnages troubles. 

Après avoir refermer le livre, je me remémore ses livres lus, avec l'envie d'en relire...et de m'intéresser d'un peu plus près à son essai : L'art du suspense : mode d'emploi dont la première édition date de 1966.

Après l'avoir déniché en occasion sur le net, me voici avec la version française publiée en 1987 avec une postface "française" de l'écrivain. Plongée directe dans la cuisine interne et la tête de l'écrivain qui se prête au jeu de la demande de son éditeur, celle d'expliquer comment écrire un roman à suspense (genre à part entière aux Etats-Unis à l'époque). Elle déroule les différentes étapes de l'écriture d'un roman dit à suspense : germe de l'idée, la première page, le déroulement de l'histoire, le premier jet du roman, le découpage, le rythme, les corrections...

Elle prend en exemple plusieurs de ses romans qui lui ont demandé du fil à retordre et comment tel ou tel livre a été perçu par la critique. 

N'oublions pas qu'elle a commencé à écrire et à être publié aux Etats-Unis avant de s'établir en Europe. On perçoit ainsi les demandes et les visions différentes de ses éditeurs, l'évolution de l'édition et le goût des lecteurs de l'époque. Le roman policier étant considéré comme un genre mineur comparée à la littérature générale, l'exigence littéraire pour un roman dit à suspense était moindre. Elle met aussi en garde les problèmes financiers que chaque personne qui se lance dans l'aventure va rencontrer : avoir une activité professionnelle à côté est quasi indispensable pour vivre. De ce point de vue là, rien a changé aujourd'hui je pense, sauf exception.

Patricia Highsmith qui balance d'un revers de la main les étiquettes qu'on lui colle s'en donne à coeur joie pour insister sur l'état d'esprit primordial dans lequel chaque écrivain (de roman policier ou autre) devrait être. Les doutes, les découragements, les refus éditoriaux qu'il devra affronter. Elle de manque pas de souligner l'importance du travail personnel, la discipline requise, le besoin de solitude pour écrire, sans oublier le fait que finalement l'esprit de l'écrivain ne s'arrête jamais.

Ce mode d'emploi, qui en réalité n'en est pas vraiment un, fourmille de détails, de ressentis, d'expériences personnelles qui permettent au lecteur d'en apprendre davantage sur la personnalité de l'écrivain qui pour ma part m’interpelle voire me fascine dans ce qu'elle a à dire à travers son œuvre.

Un essai qui donne envie de prendre un stylo et un cahier et de commencer à écrire pour le plaisir. Car comme elle nous le rappelle, le plaisir est primordial pour écrire un livre. Dans tous les cas, j'ai pris un grand plaisir à parcourir cet essai que je relirais j'en suis certain.

L'art du suspense : mode d'emploi - Patricia Highsmith - Calman-Levy - 1987

Un rubio (The blonde one) Marco Berger


Juan doit vite trouver un colocataire après le départ de son frère. C’est Gabriel qui emménage, le stoïque et très beau collègue de Juan est récemment veuve et lutte sa fille. Ce qui commence comme un arrangement de vie apparemment affable se transforme rapidement en attraction naissante, puis en désir.(source)


Un rubio (The blonde one) Marco Berger (2019)

Ce réalisateur argentin continue de filmer de film en film le désir, l'hésitation, l'impossibilité (?) de se donner la chance de..., la frustration, le trouble. cela avec une grande sensibilité et comme à son habitude de très beaux échanges de regards. Mais pour ce film, les effleurements, les accolades entre amis vont plus loin. Les cheminements du désir, la séduction masculine deviennent plus explicites avec une intimité plus affirmée et toujours aussi sensuelle et respectueuse. 


Un rubio (The blonde one) Marco Berger (2019)

Marco Berger continue (après Plan B, le sublime Hawaii revu récemment et Taekondo) de nous séduire par son cinéma. Un cinéma qui dépeint les fêlures, les ambiguïtés et les fragilités de ses personnages. Bravo!


The tenant (Le locataire) Philippe Sarde 1976


Le locataire est la première collaboration de Philippe Sarde avec Roman Polanski. Le réalisateur signe avec ce film une oeuvre dérangeante, fascinante et angoissante (ne ratez pas cette oeuvre qui n'avait pas trouvé son public à sa sortie en 1976 et pourtant...pour en savoir plus, rendez-vous sur dvdclassik).

Philippe sarde quant à lui instaure une ambiance sombre pesante, troublante qui au fur et à mesure du film s’intensifie. Une bande originale en édition limitée qui a rapidement rejoint l'Avenue après la découverte du film en septembre dernier.




Le Locataire' est une BO forte, cauchemardesque, angoissante, suffocante et intense. Après le sinistre 'Les seins de glace' (1966), Philippe Sarde continue de nous prouver avec 'Le Locataire' qu'il est un maître des partitions atonales saisissantes, s'imposant presque comme un continuateur des partitions psychologiques et tourmentées des musiques thriller de Bernard Herrmann. Avec 'Le Locataire', Sarde va encore plus loin et évoque l'univers de la paranoïa et de la folie sur un style complexe et simple à la fois. Deux thèmes mémorables suffisent au compositeur pour créer une identité thématique forte dans cette partition. Le travail effectué autour des différentes sonorités instrumentales est aussi particulièrement marquant, que ce soit par l'emploi de l'harmonica de verre, des flûtes contrebasses, de la clarinette ou des cordes dissonantes et torturées.(Quentin Billard)

The Apartments : live at l'Ubu (2015)

The Apartments : live at l'Ubu

Il y a un peu plus d'un an, nous assistions (enfin!) à un concert d'un groupe australien cher à nos yeux sur l'Avenue : The Apartments ! Un très beau souvenir d'un concert mélange d'intimité et de nostalgie. 

The Apartments - Confort Moderne de Poitiers - 17 octobre 2018

Cette année pour le disquaire day, est sorti (oh joie) une édition limitée vinyle d'un de leur concert de 2015. L'enregistrement est tout simplement excellent et permet de revisiter leur répertoire. Le vinyle tourne sur l'Avenue depuis...

En 2015, “No Song, No Spell, No Madrigal”, album du retour et cinquième long format studio de The Apartments consacrait (une nouvelle fois) le talent de Peter Milton Walsh. Depuis ses débuts en 1978, le musicien australien a toujours su marier mélancolie noire, compositions à l’énergie contenue, et au-delà de tout une écriture d’une élégance inouïe. “Live at l’Ubu” fut enregistré lors du concert du groupe dans la mythique salle de Rennes à l’occasion de la tournée du groupe à l’automne 2015. Cet enregistrement live capture au plus proche l’alchimie qui s’opère au sein de la formation. En formule septet (les musiciens sont français, anglais ou australiens), Peter Milton Walsh délaisse un temps sa guitare pour porter magnifiquement ce chant hypnotique.(source)



Une année sans Cthulhu de Smolderen et Clerisse


Quelque part dans le Lot au milieu des années 1980... Un groupe d'adolescents joue au jeu de rôle "L'Appel de Cthulhu". Quand un massacre inexplicable perpétré dans une villa provoque le trouble dans la petite ville et ravive des rancoeurs que l'on pensait enterrées, tout laisse à penser que cette innocente partie a livré le village aux mains du plus sanglant des dieux sanglants de l'histoire de l'humanité...(source éditeur)

J'avais découvert le duo Smolderen et Clerisse avec Un été diabolik. Ils me régalent une fois de plus avec cet album sorti le 04 octobre dernier.


Ambiance années 80, rétro gaming, jeu de rôle, polar...il y a tout pour me plaire. Le scénario est imparable, dense et habile magnifiquement servi par les illustrations aux couleurs adéquates à l'ambiance. Les cases sont riches, inventives et découpent habilement le scénario. Le duo Smolderen/Clerisse fonctionne à merveille. 


Rapidement on s'attache aux personnages, des lycéens plongés dès les premières pages dans leur jeu de rôle préféré. Et pas besoin de s'y connaître en la matière pour adhérer à l'histoire. Au pire ça donne envie de (re)découvrir les écrits de Lovecraft ! L'intrigue est fine et on se prête au jeu de deviner les gros méchants dans cette histoire où les phénomènes étranges se multiplient.



La post-face est des plus éclairantes sur la cuisine du duo. Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse ont pu approcher, différemment, l'univers des jeux de rôle de l'époque, s'en inspirer et en faire un matériaux créatif des plus réussis. 

Un vrai régal de lecture pour une bande dessinée que je ne manquerai pas de prêter ou d'offrir.  

Une année sans Cthulhu de Smolderen & Clerisse - Editions Dargaud - 2019

The Institute : a novel by Stephen King

Stephen King, The Institute

Paru le 10 septembre en anglais, impossible d'attendre la traduction tellement ce dernier titre de Stephen King fait envie. Il y est question d'un surdoué kidnappé qui se retrouve à l'Institut au milieu d'autres jeunes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Les télépathes et les télékinésistes mineurs ainsi enlevés à leurs familles massacrées sont entassés et utilisés par des adultes qui leur font faire tout un tas d'expériences  plus horribles les unes que les autres. 

Forcément il y a des parallèles avec les camps de concentration qui sont assumés par le narrateur. D'autant plus que  ce lieu aurait été construit à la fin de la deuxième guerre mondiale pour éviter la fin du monde...

Quel programme!  

Stephen King sait nous maintenir en haleine comme toujours et y arrive presque pendant toute la durée de ce roman qui, à mon goût, aurait gagné à être légèrement plus court. Avec 100 ou 200 pages en moins je ne me serai jamais ennuyé tandis que là, selon moi, il y a quelques redites et des longueurs qui auraient pu être évitées. 

De plus, je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages, ce qui est dommage dans un tel livre. Mais l'écriture reste de qualité et très fluide. Il est prévu qu'il sorte l'année prochaine en France mais je ne le relirai pas traduit. 

Ce fut un bon moment mais aussi vite lu qu'oublié. Un peu comme une série télé, ce qu'il deviendra peut-être un jour...





Les meurtres de Molly Southbourne de Tade Thompson - Prix Julia Verlanger 2019


Molly est frappée par la pire des malédictions. Aussi les règles sont-elles simples, et ses parents les lui assènent depuis son plus jeune âge.
Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi.
Ne saigne pas.
Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents.
Molly se les récite souvent. Quand elle s’ennuie, elle se surprend à les répéter sans l’avoir voulu… Et si elle ignore d’où lui vient cette terrible affliction, elle n’en connaît en revanche que trop le prix. Celui du sang.(présentation de l'éditeur

Ça commence dans une cave avec une fille attachée, blessée, torturée. Elle rencontre sa ravisseuse, Molly Southbourne qui tient à lui raconter son histoire.

Le lecteur va alors suivre la vie de Molly depuis son enfance jusqu'à l'âge adulte. Elle vit avec ses parents dans une ferme isolée. Ils l'entourent de mille soins au vu de son étrangeté : dès qu'elle perd un peu de sang (coupure par exemple) un double d'elle-même est généré et tente aussitôt de la tuer. 

Ça ne va pas être de la tarte pour la jeune fille qui suit à la lettre les recommandations de ses parents : consignes strictes pour survivre : ne pas saigner, si c'est la cas, asperger la plaie et le sang de détergent. Du coup, on se demande vraiment comment elle va pouvoir avoir une enfance et une vie adulte normales. 

Autant vous dire que j'ai lu cette novella d'une traite parce que le postulat de départ est dingue et que Tade Thompson par son style vous happe dès le départ. Une envie irrépressible de tourner chaque page de plus en plus vite.

L'horreur et le gore ne sont jamais bien loin. Mais sans descriptions dégueulasses mais plutôt du genre à vous faire sursauter et à vous laisser en tension permanente. Au delà du malaise psychologique qui s'insinue en vous, le roman est plus profond qu'il n'y paraît au premier abord. De part ses thèmes finalement assez classiques : apprentissage de la vie, histoire de double, difficulté de l'acceptation de soi, maltraitance du corps, découverte de la féminité. Le tout traité avec intelligence et finesse. 

Tout ça pour vous dire que ce livre est vraiment excellent et que je lirais la suite parue en anglais cet été. Pour les curieux, c'est par ici.

Les meurtres de Molly Southbourne - Tade Thompson - Traduit de l'anglais par Jean-Danièl Brèque - Collection Une heure lumière - Le Bélial - 2019


Helstrid de Christian Léourier - Prix Utopiales 2019

Helstrid de Christian Léourier - Prix Utopiales 2019


Vic est arrivé sur Helstrid suite à une déception amoureuse sur la Terre. Les conditions sur cette planète sont plutôt sympathiques : - 150°C et une atmosphère toxique, privée d’oxygène. Il doit extraire du minerai et l’envoyer sur Terre…enfin plutôt de gros engins qui font le travail à sa place. La compagnie spécialisée tient à ce qu’il y ai encore quelques humains qui restent à vérifier que ces IA fassent bien leur boulot. Le voilà donc embarqué pour superviser un convoi de ravitaillement à bord d'un camion nommée Anne-Marie. . Et comme Vic n’a rien à faire, il commence à ruminer dans sa tête repensant à sa vie d’avant et se met à parler à Anne-Marie. C’est un peut bête, hein ? Pas forcément car la IA a été très bien programmé et est tout à fait capable d’avoir une conversation même très poussée…on croirait presque qu'elle est hum…

Evidemment une grosse tempête inhabituelle se lève et les ennuis commencent. Vic se retrouve vite au piège car dans l’incapacité de prendre la moindre initiative, Anne-Marie ayant tout prévu. Elle ne cesse de le rassurer et lui conseille même de continuer à lui parler pour que son moral reste bon et à bien respirer pour éviter de consommer de l’oxygène plus qu’il n’en faut. Lui qui avait fuit la Terre pour faire table rase du passé et reprendre sa vie en main...

Si l’intrigue commence gentiment, la tension monte et ce huit-clos devient de plus en plus prenants. Les paysages de cette planète hostile sont magnifiquement décrits par la plume précise et visuelle de l'auteur. J’ai pu lire des avis mitigés au vu des autres écrits de Christian Léourier. Pour moi qui découvre l’écrivain et un "petit" lecteur de SF, j’ai été saisi. La réflexion sur les IA est des plus intéressante, laissant un certain frisson  quant au rapport que l'humain entretient avec la machine déjà aujourd'hui. 

Un roman court saisissant et efficace qui a bien alimenté mes réflexions sur l’intelligence artificielle, un des sujets majeurs de la 20ème édition du festival des Utopiales dont nous revenons. A n’en pas douter, la science-fiction permet de décoder notre monde d’aujourd’hui pour mieux le comprendre et appréhender les défis de demain. Un festival des plus stimulants intellectuellement mais qui a le désavantage d’augmenter considérablement notre PAL ;-)

Helstrid - Christian Léourier - Collection Une heure lumière - Le Bélial - 2019


Les attracteurs de Rose Street de Lucius Shepard

Les attracteurs de Rose Street - Lucius Shepard - traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Daniel Brèque - Le Bélial - 2018

Ce n'est que la deuxième novella que je lis, après L'homme qui mit fin à l'histoire dans la collection Une heure lumière aux éditions Le Bélial, et ce ne sera pas la dernière. J'ai été enchanté de découvrir Lucius Shepard.

Londres, fin du XIXe siècle. Une métropole enfumée, étouffant sous le smog et les remugles de l’industrialisation en pleine explosion… Samuel Prothero est aliéniste. L’un des meilleurs de sa profession. Membre du sélect Club des Inventeurs, jeune homme respecté, son avenir est tout tracé dans cette société victorienne corsetée. Jusqu’à ce que Jeffrey Richmond, inventeur de génie mais personnage sulfureux, sollicite son expertise sur le plus étrange des cas. Troublante mission, en vérité, pour laquelle le jeune Prothero devra se résoudre à embrasser tout entier l’autre côté du miroir, les bas-fonds de la ville-monde impériale et ceux, bien plus effrayants encore, de l’âme humaine… (présentation de l'éditeur)

Dès les premières pages, Lucius Shepard nous emmène dans ce Londres sombre et brumeux. L'ambiance victorienne est réussie notamment les descriptions des bas quartiers londoniens et de la faune qui y (sur)vit. L'écriture est soignée et recherchée et colle parfaitement à l'époque. 

L'univers bourgeois du jeune aliéniste va être bouleversé lorsque celui-ci va devoir séjourner durant quelques mois dans cette maison où les fantômes cohabitent avec les vivants issus d'un milieu populaire. Alors que d'autres auraient pris leurs jambes à leur cou, il ne se découragera pas malgré ses peurs et l’irrationalité des situations. 

L'intrigue fantastique est des plus immersive. J'ai aussi été séduit par les personnages à la psychologie travaillée. La résolution de l'histoire est finement trouvée. Un très très bon moment de lecture. 

Les attracteurs de Rose Street - Lucius Shepard - traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-Daniel Brèque - Le Bélial - 2018

La marche de Mina de Yoko Ogawa


A onze ans, Tomoko s’apprête à passer une année seule chez son oncle et sa tante. Ces gens, qu’elle ne fréquentait pas jusqu’alors, vivent près de Kobe dans une très belle demeure. Leur fille Mina, une enfant de douze ans étonnamment mûre pour son âge, passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d’allumettes illustrées et se promène à dos d’hippopotame quand sa santé fragile le lui permet. Mais ce n’est pas la seule particularité de cette famille. Pour Tomoko, le plus étrange se situe peut-être au niveau de leurs origines car la grand-mère Rosa se souvient de son Allemagne natale et parle de cette Europe lointaine que Tomoko ne connaît pas. A travers la passion de Mina pour la littérature, les récits de Rosa, la retransmission à la télévision des Jeux Olympiques de Munich ; c’est une toute nouvelle ouverture sur le monde qui lentement s’offre à Tomoko et le début d’une longue amitié d’enfance au cœur des années soixante-dix, du Japon jusqu’à Francfort, où Mina deviendra plus tard agent littéraire.(présentation de l'éditeur)

Quel plaisir de se plonger à chaque fois dans l'univers si précieux de Yoko Ogawa ! Un roman rare sur la nostalgie omniprésente. Les souvenirs d'enfance, d'un monde qui disparaît. Avec le talent qu'on lui connaît, Yoko Ogawa nous entraîne dans les méandres de la mémoire et du temps qui passe. Magistral.

La marche de Mina - Yoko Ogawa - traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle - Actes Sud - 2008

My absolute darling de Gabriel Talent




Pour la sortie poche de ce superbe roman, je republie mon article de 2018 publié lors de sa sortie pour la première fois en France. Un livre qui reste toujours aussi présent dans ma mémoire avec pleins d'images et de scènes (pas forcément agréables d'ailleurs ;-)) 

À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.(présentation éditeur)

Ce roman est juste énorme, puissant, violent, dérangeant, dur. L'auteur a 31 ans, c'est son premier roman. D'une maturité incroyable pour son âge, il possède une écriture évocatrice et recherchée. Un écrivain prometteur. De la très belle littérature. Un roman saisissant, brutal dans la même veine d'un David Vann ou d'un Lance Weller publiés chez le même éditeur.  

Je ne pouvais pas lâcher ce roman même si j'ai eu envie de faire des pauses, parce qu'on s'en prend vraiment plein la tête. Pas de répit dans les sensations fortes ressenties tout au long de l'histoire où l'action est dense et les nombreuses situations extrêmes. 


Une histoire insoutenable à plusieurs reprises, terrible, qui ne peut laisser indifférent. 


Des personnages tragiques, forts, à la psychologie fouillée, qui m'ont mis mal à l'aise par leur relation malsaine, celle d'un père abusif et de sa fille adolescente. 


Un père à première vue, intelligent, à l'esprit libre, presque bienveillant, qui se révèle rapidement autoritaire, violent et destructeur. Persuadé que le monde court à sa perte, il offre à sa fille une éducation et un cadre de vie bancals, inadaptés et se montre irresponsable. Son amour immodérée et malsain pour elle est ravageur. 


Turtle, sauvageonne, est incapable de s'intégrer aux autres. Son père lui a appris à se détester. Pourtant elle lui voue un amour immense et paradoxalement lutte contre ce tyran qui ne cesse de la briser à la moindre occasion. Elle devra aller au plus profond d'elle-même pour grandir, refuser cet enfermement psychologique et gagner confiance en elle. 


L'atmosphère qui règne dans le foyer de cette famille est juste irrespirable et on a qu'une envie : s'enfuir. On assiste à l'horreur. On est révolté. On a envie d'aider Turtle et de la prendre par la main.  

Les personnages secondaires ont aussi leur importance. Comme le grand-père qui ne sait pas comment aider sa petite fille. Ou bien Brett et Jacob, deux collégiens qui même s'ils ne peuvent pas imaginer la détresse abyssale et les tourments de Turtle, vont donner une respiration à la jeune fille par leur jovialité et une lueur d'espoir dans sa possible libération de son père et d'elle-même.  


Les armes à feu ont un rôle prépondérant dans cette histoire. On est bien aux Etats-unis il n'y a pas de doute. 

La nature est quasi omniprésente, belle, traître, destructrice et rédemptrice. 


Un roman d'une grande puissance narrative qui provoque chez son lecteur des émotions fortes et extrêmes. Une héroïne tragique, courageuse que je ne suis pas prêt d'oublier.


A noter la très belle traduction de Laura Derajinski qui met en lumière de manière brillante et poétique l'écriture de Gabriel Talent. 


My absolute darling - Gabriel Talent - traduit de l'américain par Laura Derajinski - Collection Totem - Editions Gallmeister - Sortie le 03 octobre 2019.

The red rat in Hollywood de Osamu Yamamoto


En 1938, la Chambre des représentants des USA instaure une commission sur les « activités anti-américaines ». Au début de l’année 1947, cette commission décida d'enquêter sur l'influence du communisme au sein de l'industrie du cinéma. Mais c’est le FBI qui, en fait, fournissait à la commission les renseignements sur les communistes travaillant à Hollywood, redéfinissant les limites de son pouvoir, désormais exponentiel. Une liste noire fut donc établie. Seuls onze personnes parmi ces sympathisants communistes seront entendus, ceux qui sont aujourd’hui connus comme les Dix d'Hollywood. Les Dix refuseront de répondre aux questions sur leur appartenance ou non au parti communiste évoquant le 1er amendement de la constitution américaine, et déclenchant ainsi l’un des plus grand bras de fer de l’histoire américaine. (présentation de l'éditeur)
The red rat in Hollywood est une très très belle suprise ! Immersion totale. J'ai adoré les coulisses d'Hollywood et comment les scénaristes montent au créneau pour lutter contre ce qu'ils considèrent comme de la censure déguisée. C'est bien documenté et cela donne envie de (re)découvrir les films dont il est question (notamment Vacances romaines de William Wyler pour ce premier tome). Question illustration, on pourra peut-être reprocher un côté classique ou old-school, mais d'un autre côté ils collent bien à l'époque. 


Dalton Trombo, un des dix d'Hollywwod, obligé d'écrire ses scénarios sous un nom d'emprunt.

Pour l'instant j'ai lu les 4 tomes publiés et je ne suis pas déçu. En fin des tomes 2 et 4, on apprend ce qui relève de la réalité et de la fiction. C'est plutôt bien fait. L'occasion aussi pour moi de découvrir le travail des éditions Véga que je vais suivre de plus près.

Un manga qui devrait te plaire Manu!

The red rat in Hollywood - Osamu Yamamoto - Editions Véga - 2019