L' Avocat aime l'Avenue



















Nouvel habitant sur l'avenue : un avocat est né de son noyau!

Il vous souhaite, ainsi que ses papas, une année 2020 fructueuse et douce.

L'incivilité des fantômes de Rivers Solomon


Le festival des Utopiales de Nantes nous ont marqué par des envies de lectures nombreuses dont celle ci apparaît comme une figure de proue.


Ecrite par une personne transgenre noire américaine, cette science fiction magistralement dépeinte nous raconte l'histoire d'Aster.

Dans un vaisseau spatial colossal, l'humanité cherche une terre plus hospitalière que celle, en ruine, qu'elle a quittée il y a fort longtemps. A l'intérieur, des ponts se sont organisées, comme autant de strates qu'il y a de lettres de l'alphabet. Avec en bas, les plus pauvres et les plus noirs et en haut les plus riches et les plus blancs.

On suit les aventures de cette femme à la peau matte notamment sur le pont Q. Celle-ci sait soigner et connaît plusieurs formes de sagesses anciennes que sa mère, décédée, et sa tante (cuisinière entre autres) lui ont transmises. La dédicace qui précède le premier chapitre prend son sens très vite : "A ma mère et à sa mère et ainsi de suite jusqu'à Eve". De générations en générations les femmes vont imaginer des solutions pour contrer le racisme, la violence, l'ignorance.

En créant une langue remplie de secrets, voire même une infinité de langues qui se mélangent d'un pont à l'autre, le roman nous fait entrer dans une profondeur poétique incroyable. Dans le même temps, la violence est omniprésente et celle que les hommes infligent aux femmes est quotidienne. Les plus pauvres d'entre elles travaillent aux champs, cultivables grâce à la chaleur faiblissante d'un petit soleil artificiel dont l'énergie diminue progressivement. Et tout en bas, il fait un froid glacial et les plus défavorisés peinent à survivre.

Grâce aux carnets que sa mère a laissés derrière elle, Aster entrevoit une manière nouvelle de décoder les signes et peut-être d'envisager un espoir au milieu de cette obscurité insondable. 

Très lentement, on se dirige ainsi vers une fin ineffable et bouleversante.

Ces fantômes vous accompagneront longtemps. Car même s'ils sont dans l'espace, ils nous parlent de nous sur la terre ferme.

Ce livre, c'est un cri dans la nuit. Inoubliable.

L'incivilité des fantômes - Rivers Solomon - traduction de l'américain par Francis Guévrenont - Aux Forges de Vulcain - 2019

La sagesse d' Animal Crossing


Mon amie grenouille philosophe de bon matin. L'humour et la gaieté d'Animal Crossing sont toujours irrésistibles. Vivement le 20 mars 2020 pour de nouvelles aventures sur Nintendo Switch. Elle semble déjà bien connaître les goûts littéraires et les loisirs préférés sur l'Avenue.


L'art du suspense : mode d'emploi par Patricia Highsmith


Il y a trois ans, je m'étais acheté Le meurtrier avec la perspective de le lire dans le train de retour d'un voyage. Finalement ce n'est qu'à la fin de novembre dernier que je me suis plongé dans ce livre. 

A chaque lecture d'un roman ou d'une nouvelle de cet écrivain, je prends un grand plaisir de lecture. Patricia Highsmith, c'est une atmosphère, un rythme plutôt lent, une aventure psychologique et des personnages troubles. 

Après avoir refermer le livre, je me remémore ses livres lus, avec l'envie d'en relire...et de m'intéresser d'un peu plus près à son essai : L'art du suspense : mode d'emploi dont la première édition date de 1966.

Après l'avoir déniché en occasion sur le net, me voici avec la version française publiée en 1987 avec une postface "française" de l'écrivain. Plongée directe dans la cuisine interne et la tête de l'écrivain qui se prête au jeu de la demande de son éditeur, celle d'expliquer comment écrire un roman à suspense (genre à part entière aux Etats-Unis à l'époque). Elle déroule les différentes étapes de l'écriture d'un roman dit à suspense : germe de l'idée, la première page, le déroulement de l'histoire, le premier jet du roman, le découpage, le rythme, les corrections...

Elle prend en exemple plusieurs de ses romans qui lui ont demandé du fil à retordre et comment tel ou tel livre a été perçu par la critique. 

N'oublions pas qu'elle a commencé à écrire et à être publié aux Etats-Unis avant de s'établir en Europe. On perçoit ainsi les demandes et les visions différentes de ses éditeurs, l'évolution de l'édition et le goût des lecteurs de l'époque. Le roman policier étant considéré comme un genre mineur comparée à la littérature générale, l'exigence littéraire pour un roman dit à suspense était moindre. Elle met aussi en garde les problèmes financiers que chaque personne qui se lance dans l'aventure va rencontrer : avoir une activité professionnelle à côté est quasi indispensable pour vivre. De ce point de vue là, rien a changé aujourd'hui je pense, sauf exception.

Patricia Highsmith qui balance d'un revers de la main les étiquettes qu'on lui colle s'en donne à coeur joie pour insister sur l'état d'esprit primordial dans lequel chaque écrivain (de roman policier ou autre) devrait être. Les doutes, les découragements, les refus éditoriaux qu'il devra affronter. Elle de manque pas de souligner l'importance du travail personnel, la discipline requise, le besoin de solitude pour écrire, sans oublier le fait que finalement l'esprit de l'écrivain ne s'arrête jamais.

Ce mode d'emploi, qui en réalité n'en est pas vraiment un, fourmille de détails, de ressentis, d'expériences personnelles qui permettent au lecteur d'en apprendre davantage sur la personnalité de l'écrivain qui pour ma part m’interpelle voire me fascine dans ce qu'elle a à dire à travers son œuvre.

Un essai qui donne envie de prendre un stylo et un cahier et de commencer à écrire pour le plaisir. Car comme elle nous le rappelle, le plaisir est primordial pour écrire un livre. Dans tous les cas, j'ai pris un grand plaisir à parcourir cet essai que je relirais j'en suis certain.

L'art du suspense : mode d'emploi - Patricia Highsmith - Calman-Levy - 1987

Un rubio (The blonde one) Marco Berger


Juan doit vite trouver un colocataire après le départ de son frère. C’est Gabriel qui emménage, le stoïque et très beau collègue de Juan est récemment veuve et lutte sa fille. Ce qui commence comme un arrangement de vie apparemment affable se transforme rapidement en attraction naissante, puis en désir.(source)


Un rubio (The blonde one) Marco Berger (2019)

Ce réalisateur argentin continue de filmer de film en film le désir, l'hésitation, l'impossibilité (?) de se donner la chance de..., la frustration, le trouble. cela avec une grande sensibilité et comme à son habitude de très beaux échanges de regards. Mais pour ce film, les effleurements, les accolades entre amis vont plus loin. Les cheminements du désir, la séduction masculine deviennent plus explicites avec une intimité plus affirmée et toujours aussi sensuelle et respectueuse. 


Un rubio (The blonde one) Marco Berger (2019)

Marco Berger continue (après Plan B, le sublime Hawaii revu récemment et Taekondo) de nous séduire par son cinéma. Un cinéma qui dépeint les fêlures, les ambiguïtés et les fragilités de ses personnages. Bravo!


The tenant (Le locataire) Philippe Sarde 1976


Le locataire est la première collaboration de Philippe Sarde avec Roman Polanski. Le réalisateur signe avec ce film une oeuvre dérangeante, fascinante et angoissante (ne ratez pas cette oeuvre qui n'avait pas trouvé son public à sa sortie en 1976 et pourtant...pour en savoir plus, rendez-vous sur dvdclassik).

Philippe sarde quant à lui instaure une ambiance sombre pesante, troublante qui au fur et à mesure du film s’intensifie. Une bande originale en édition limitée qui a rapidement rejoint l'Avenue après la découverte du film en septembre dernier.




Le Locataire' est une BO forte, cauchemardesque, angoissante, suffocante et intense. Après le sinistre 'Les seins de glace' (1966), Philippe Sarde continue de nous prouver avec 'Le Locataire' qu'il est un maître des partitions atonales saisissantes, s'imposant presque comme un continuateur des partitions psychologiques et tourmentées des musiques thriller de Bernard Herrmann. Avec 'Le Locataire', Sarde va encore plus loin et évoque l'univers de la paranoïa et de la folie sur un style complexe et simple à la fois. Deux thèmes mémorables suffisent au compositeur pour créer une identité thématique forte dans cette partition. Le travail effectué autour des différentes sonorités instrumentales est aussi particulièrement marquant, que ce soit par l'emploi de l'harmonica de verre, des flûtes contrebasses, de la clarinette ou des cordes dissonantes et torturées.(Quentin Billard)

The Apartments : live at l'Ubu (2015)

The Apartments : live at l'Ubu

Il y a un peu plus d'un an, nous assistions (enfin!) à un concert d'un groupe australien cher à nos yeux sur l'Avenue : The Apartments ! Un très beau souvenir d'un concert mélange d'intimité et de nostalgie. 

The Apartments - Confort Moderne de Poitiers - 17 octobre 2018

Cette année pour le disquaire day, est sorti (oh joie) une édition limitée vinyle d'un de leur concert de 2015. L'enregistrement est tout simplement excellent et permet de revisiter leur répertoire. Le vinyle tourne sur l'Avenue depuis...

En 2015, “No Song, No Spell, No Madrigal”, album du retour et cinquième long format studio de The Apartments consacrait (une nouvelle fois) le talent de Peter Milton Walsh. Depuis ses débuts en 1978, le musicien australien a toujours su marier mélancolie noire, compositions à l’énergie contenue, et au-delà de tout une écriture d’une élégance inouïe. “Live at l’Ubu” fut enregistré lors du concert du groupe dans la mythique salle de Rennes à l’occasion de la tournée du groupe à l’automne 2015. Cet enregistrement live capture au plus proche l’alchimie qui s’opère au sein de la formation. En formule septet (les musiciens sont français, anglais ou australiens), Peter Milton Walsh délaisse un temps sa guitare pour porter magnifiquement ce chant hypnotique.(source)



Une année sans Cthulhu de Smolderen et Clerisse


Quelque part dans le Lot au milieu des années 1980... Un groupe d'adolescents joue au jeu de rôle "L'Appel de Cthulhu". Quand un massacre inexplicable perpétré dans une villa provoque le trouble dans la petite ville et ravive des rancoeurs que l'on pensait enterrées, tout laisse à penser que cette innocente partie a livré le village aux mains du plus sanglant des dieux sanglants de l'histoire de l'humanité...(source éditeur)

J'avais découvert le duo Smolderen et Clerisse avec Un été diabolik. Ils me régalent une fois de plus avec cet album sorti le 04 octobre dernier.


Ambiance années 80, rétro gaming, jeu de rôle, polar...il y a tout pour me plaire. Le scénario est imparable, dense et habile magnifiquement servi par les illustrations aux couleurs adéquates à l'ambiance. Les cases sont riches, inventives et découpent habilement le scénario. Le duo Smolderen/Clerisse fonctionne à merveille. 


Rapidement on s'attache aux personnages, des lycéens plongés dès les premières pages dans leur jeu de rôle préféré. Et pas besoin de s'y connaître en la matière pour adhérer à l'histoire. Au pire ça donne envie de (re)découvrir les écrits de Lovecraft ! L'intrigue est fine et on se prête au jeu de deviner les gros méchants dans cette histoire où les phénomènes étranges se multiplient.



La post-face est des plus éclairantes sur la cuisine du duo. Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse ont pu approcher, différemment, l'univers des jeux de rôle de l'époque, s'en inspirer et en faire un matériaux créatif des plus réussis. 

Un vrai régal de lecture pour une bande dessinée que je ne manquerai pas de prêter ou d'offrir.  

Une année sans Cthulhu de Smolderen & Clerisse - Editions Dargaud - 2019

The Institute : a novel by Stephen King

Stephen King, The Institute

Paru le 10 septembre en anglais, impossible d'attendre la traduction tellement ce dernier titre de Stephen King fait envie. Il y est question d'un surdoué kidnappé qui se retrouve à l'Institut au milieu d'autres jeunes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Les télépathes et les télékinésistes mineurs ainsi enlevés à leurs familles massacrées sont entassés et utilisés par des adultes qui leur font faire tout un tas d'expériences  plus horribles les unes que les autres. 

Forcément il y a des parallèles avec les camps de concentration qui sont assumés par le narrateur. D'autant plus que  ce lieu aurait été construit à la fin de la deuxième guerre mondiale pour éviter la fin du monde...

Quel programme!  

Stephen King sait nous maintenir en haleine comme toujours et y arrive presque pendant toute la durée de ce roman qui, à mon goût, aurait gagné à être légèrement plus court. Avec 100 ou 200 pages en moins je ne me serai jamais ennuyé tandis que là, selon moi, il y a quelques redites et des longueurs qui auraient pu être évitées. 

De plus, je ne me suis pas vraiment attaché aux personnages, ce qui est dommage dans un tel livre. Mais l'écriture reste de qualité et très fluide. Il est prévu qu'il sorte l'année prochaine en France mais je ne le relirai pas traduit. 

Ce fut un bon moment mais aussi vite lu qu'oublié. Un peu comme une série télé, ce qu'il deviendra peut-être un jour...