22.5.16

Le bon frère de Chris Offutt

Le bon frère de Chris Offutt - traduit de l'américain par Freddy Michalski - collection Totem - Gallmeister - sortie le 02 mai 2016.

Boyd vient d'être assassiné. Dans les collines du Kentucky, on sait qui a fait le coup mais la police ne fera rien pour arrêter le coupable. Tout le monde attend que Virgil, son frère, se venge. Mais il n'a rien en commun avec Boyd, véritable caïd. Il est plus réservé, préférant la forêt et vivre au rythme de la nature. Pourtant, il va devoir agir. Reste à savoir comment.

Wouah ! Quel bouquin !

Liberté. C'est le maître mot de cette histoire. Cet homme va devoir la gagner coûte que coûte en cherchant sa voie malgré la pression de son entourage. Souvent comparé à son défunt frère, Virgil est l'inverse. Un contemplatif, attaché à la nature qui le ressource. A 30 ans, il n'a jamais quitté ses terres, jamais eu véritablement l'occasion de choisir. Se contentant de ce qu'on lui donne, de la vie qui, d'une génération à l'autre semble vouloir se répéter.

Lorsqu'il passe à l'action, c'est le grand saut vers l'inconnu qui le mènera dans les montagnes du Montana. Une autre nature, d'autre paysages bien différents de ce qui l'a connu. C'est aussi une autre loi qui s'applique, non celle du pays, mais celle inventée par des hommes aux mentalités différentes.

Le bon frère est un roman incroyablement humain. Virgil essaye de s'intégrer mais le décalage avec "l'autre" est grand. Trop grand. Sa manière de penser alerte, désarçonne. On ressent toutes ses angoisses, son incompréhension face aux préjugés et à l'extrémisme d'un groupe d'habitants du Montana (ça fait froid dans le dos d'ailleurs !).

Dans ce livre, j'ai aussi aimé ces grands espaces américains magnifiques. On mesure toute la diversité d'un état à un autre. Cette nature qui façonne l'homme, et qui en l’occurrence, a construit Virgil. Le choc culturel lorsqu'il va pour la première fois dans une grande ville est saisissant.

Le bon frère est un roman où l'on a envie de crier que la liberté n'a pas de prix, l'importance de faire ses choix et de les assumer même si le chemin est dur ou semble impossible.

Un roman incroyablement puissant et superbement bien écrit que les éditions Gallmeister ont eu la bonne idée de retraduire, la première publication datant du début des années 2000 chez Gallimard, dans la collection La noire.  


Le bon frère de Chris Offutt - traduit de l'américain par Freddy Michalski - collection Totem - Gallmeister - sortie le 02 mai 2016.

21.5.16

J.G. Ballard, Vermilion Sands

J.G. Ballard, Vermilion Sands

C'est sur la plage de Royan que je viens de découvrir cet ensemble de nouvelles à couper le souffle. Lieu idéal s'il en est pour parcourir les routes et les allées de cette banlieue imaginaire d'un désert américain de science fiction rance et usé.

Je connaissais déjà l'auteur pour d'autres oeuvres de grande qualité, mais là, merci encore à l'éditeur Tristram qui publie des chefs d'oeuvre dans sa collection Souple. Nous avions abordé  le sujet l'été dernier ici et plus récemment ici grâce à ses éditions magiques de Kenneth Anger sur les dessous d'Hollywood.

Une lecture exceptionnelle, magnifiquement écrite et brillamment traduite. La galerie de portraits qu'elle offre est immense et nous permet de rencontrer un vendeur de fleurs chantantes, des statues musicales, des maisons qui gardent la mémoire de leurs précédents habitants. Au milieu des ruines d'une ville balnéaire au sable rouge qui a connu son heure de gloire il y a longtemps, parmi les raies des sables menaçantes, la poésie s'installe progressivement et on rêverait que la série puisse continuer encore longtemps. Ce bref recueil de 250 pages a été écrit sur plusieurs décennies (entre les années 50 et 70). Et l'on comprend aisément que l'auteur, tout comme les lecteurs, aient souhaité se replonger toujours plus dans cet univers foisonnant et déliquescent. 

Pour vous donner envie de partager ce monde rare voici les premiers paragraphes d'une nouvelle que j'ai trouvée particulièrement efficace. N'hésitez pas à commenter si ce texte ne vous laisse pas insensible.


19.5.16

La porte de la salle de bain de Sandrine Beau

La porte de la salle de bain de Sandrine Beau

A 12 ans, Mia voit son corps changer pour son plus grand bonheur de jeune fille. Rapidement, son besoin d'intimité se fait sentir, surtout quand son beau-père rentre dans la salle de bain sans prévenir alors qu'elle prend sa douche. Commence alors pour elle un vrai cauchemar quotidien où elle se sent épiée par cet homme au regard malsain. Ne sachant à qui se confier de peur d'être ridicule, son angoisse monte. Jusqu'au jour où, malgré ses stratégies d'évitements, elle explose.

Un roman qui monte crescendo où l'on ressent tout le stress et le mal-être de cette adolescente. Si au départ, on peut penser que la jeune fille se fait en réalité tout un film d'une simple intrusion qui pourrait être attribuée à une étourderie maladroite du beau-père, rapidement le doute n'est plus permis quant à ses agissements. La situation d'harcèlement et traumatisante s’amplifie. 

Sandrine Beau a la bonne idée de ne pas basculer dans le sordide mais alerte de manière habile les abus des adultes aux gestes et aux paroles déplacées et inacceptables envers des adolescent en pleine construction.

Un roman que j'ai découvert grâce au blog : D'une berge à l'autre.
Un autre titre chez ce même éditeur : Trop tôt de Jo Witek

La porte de la salle de bain - Sandrine Beau - Talents Hauts - 2015
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