mardi 26 août 2014

Goat mountain de David Vann

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Comme chaque année, un jeune adolescent de onze ans part à la chasse avec son père, l'ami de celui-ci et son grand-père dans une réserve de deux cent cinquante hectares. Mais cet automne 1978 est bien différent des précédents car pour la première fois de sa vie, le jeune garçon va avoir le droit et l'honneur de se servir de son fusil et de chasser son premier cerf. 

Ce que nous voulions, c’était courir ainsi, pourchasser notre proie. C’était l’intérêt. Ce qui nous poussait à courir, c’était la joie et la promesse de tuer. 

Tuer est son seul objectif, découvrir ce bonheur là.

Il n’existait pas de joie plus totale et plus immédiate que celle de tuer. Même la simple idée de tuer était meilleure que n’importe quoi d’autre. 

A leur arrivée sur place, ces hommes observent par la lunette de leur fusil un braconnier. C'est alors que l'irréparable se produit lorsque le fils à son tour regarde et aussitôt presse la détente de son arme.

Un scénario inenvisageable pour un père, celui d'un fils meurtrier. Alors que faire dans l'immédiat ? Se débarrasser du corps ? Se livrer à la police ? Continuer à chasser comme si de rien n'était ? 

Toucher les morts. Nous ne sommes pas censés toucher les morts. C'est la raison pour laquelle nous leur préparons une vie confortable dans l'au-delà, afin qu'ils ne tendent pas les bras vers nous. Nous espérons détourner leur attention, les occuper. Un enterrement est un espoir.
 
Un souvenir marquant que l'enfant nous raconte une fois adulte. Chaque homme se positionne différemment face à ce mort gisant à leur pied, face à ce gamin qui ne semble pas réaliser ce qu'il vient de faire. Pourtant l'impuissance de chacun semble prendre le dessus.

On ne peut pas remodeler sa propre nature, et les personnes morales sont toujours impuissantes face à ce que nous sommes.
 
Comment affronter les conséquences irrémédiables d'un tel acte quand on a seulement onze ans ? 

Mais à onze ans, le temps était illimité et inconnu, la vie semblait pouvoir s'étendre à l'infini, et je marchais dans l'herbe sans sentir ni mes chevilles ni mes genoux ni mon dos, rien ne m'avait encore trahi, mes muscles et mes os encore liées. Je n'éprouvais aucune culpabilité, aucun remords, aucune inquiétude comme je les connais à présent, rien que de l'impatience, rien que le mouvement.

Le grand-père, véritable avocat du diable mettra son fils et son petit-fils face à leurs responsabilités sans ménagement aucun, avec une rudesse sans bornes. 

Le père quant à lui, oscillera entre protection et abandon de son fils.

Le personnage de Tom, ami du père, n'a qu'une envie, celle de partir...pourtant contraint de rester, il essayera vainement de se préserver et de conserver son intégrité morale.


La nature prend des allures d'Enfer. Des situations extrêmes, dangereuses, qui m'ont rappelé ma lecture de Délivrance, où des choix cruciaux doivent être faits et rapidement. 

Pour ceux qui connaissent David Vann, vous retrouvez dans ce roman l'ambiance de Sukkwan island, cette nature oppressante et cette tension à chaque page. 

Sauf qu'ici, il décide de lancer les hostilités dès les premières pages, sans préavis. Le lecteur est pris au vif, anéanti.

David Vann nous rappelle, en écho à sa propre histoire familiale, que les morts font définitivement partis des vivants, et qu'ils nous habitent à jamais. Il donne aussi à réfléchir sur les armes, la fascination qu'elles opèrent sur l'homme et sur la violence qui en découle.

David Vann maîtrise son récit dans la durée, crée une véritable escalade de sauvagerie où les défis face à la mort remonteraient à la nuit des temps. Il fait ressortir chez chacun de ses personnages leur propre animalité, leurs réflexes les plus primaires, leur instinct de survie.

La Bible n'a rien à voir avec dieu. La Bible est le récit de notre éveil, une récupération, un rêve atavique racontant la première fois que nous avons appris la notion de honte dans le jardin, la première fois que nous nous sommes considérés comme différents des autres animaux, et Caïn fut le premier à découvrir que certains d'entre nous ne se réveilleraient jamais. Certains d'entre nous agissent selon leurs instincts, et cela ne changera pas. Les dix commandements dressent la liste de ces instincts qui ne nous quitteront jamais.

Un autre très beau passage à mes yeux :

La durée. Ce que nous offre la nature, c'est la durée, la promesse que lorsque nous paniquons, que nous sommes pris au piège et que nous voulons être n'importe où ailleurs, cet instant s'étirera, continuera, grandira, empirera. Ce monde inventé pour des raisons qui ne nous prenaient pas en compte, mais nous l'oublions et c'est pourquoi nous sous-estimons tout.
  
A la fin du récit, le lecteur apprend que ce roman est un retour au matériau de la première nouvelle que j’ai écrite, il y a de cela plus de 25 ans. Ce roman consume les derniers éléments qui, à l’origine, m’ont poussé à écrire : les récits sur ma famille et sa violence. Il revient également sur mes ancêtres cherokees, et leurs interrogations lorsqu’ils furent mis face à l’idée de Jésus.  

Une lecture éprouvante qui laisse le lecteur à bout de souffle. Mais rien de moins étonnant pour ceux qui connaissent ses romans. Une histoire magistrale, sans concession, d'une grande férocité, mais sublime aussi. 

David Vann - Photo Diana Matar
Encore un roman qui m'a marqué comme tous ceux de l'écrivain (Sukkwan island, Désolations à découvrir ici ou Impurs). 

Goat mountain est son quatrième roman à découvrir sur le site de l'éditeur.
 
Goat Mountain - David Vann - Editions Gallmeister - 2014 - Traduction de l'américain par Laura Derajinski.

mercredi 20 août 2014

La piscine de Alain Page

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Fin juin, je découvrais chez Oncle Paul qu'en 1969, le roman La piscine, signé Alain Page sortait en librairie à la même période que le film de Jacques Deray réunissant le couple mythique Romy Schneider et Alain Delon.

Un film fascinant (voir notre ancien billet) qu'il convenait de découvrir aussi en roman ! 

Au bord d'une piscine dans une villa de Saint-Tropez, Jean-Paul et Marianne goutent à la chaleur de l'été. Leur histoire est en bascule et l'arrivée de Harry, séducteur né, ami de Jean-Paul ne va pas arranger les choses. Sans compter qu'à son bras, il y a Pénélope, sa sublime fille fraîchement majeure dont le couple ignorait jusqu'alors l'existence. Pendant que Pénélope se laisse approcher de trop près par Jean-Paul, Marianne, semble vouloir raviver la flamme qu'elle a allumée jadis avec Harry. Rancœur, jalousie et suspicions pour un huit clos à la température élevée.  

Un livre d'une grande tension psychologique et sexuelle. Tout se joue dans la tête des personnages. Fantasmes inassouvis, jeux de corps et de regards, retenue dans les gestes, non-dits, apparences trompeuses...Un roman habile qui prend des allures de polar où les affrontements ne manqueront pas.

Un roman qui diffère parfois avec le film (ou inversement). A mes yeux, les deux ouvres sont très réussies. Les cinéphiles devraient y trouver leur compte.  

La piscine - Alain Page - Editions Archipoche - 2014 (inclus un livret de 8 pages photos extraites du film).

samedi 16 août 2014

Hawaii de Marco Berger

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Voici de nouveau  une découverte pour laquelle l'Avenue remercie une fois encore la merveilleuse Librairie Gay Les Mots à la Bouche. Au coeur du Marais, à Paris, on y trouve de véritables pépites à chérir tout au long de l'année. Et aujourd'hui, c'est un film que nous y avons acheté.

Il y a quelques temps, nous avions beaucoup apprécié le film Plan B du réalisateur Marco Berger. Il nous revient ici en très grande forme avec Hawaii.

Il s'agit de l'histoire de deux amis, aux  parcours apparemment très différents, qui se retrouvent un été et dont l'attirance, tout en subtilité, devient de plus en plus perceptible. Mais ce qui est exceptionnel dans ce film, c'est sa capacité à nous emmener dans un temps et dans un lieu avec leurs rythmes propres. On pourrait dire ralentis. Comme ces après-midis d'adolescence ou d'enfance, perdus, Oh Joie! dans la contemplation, dans les rires, dans les jeux. Très peu de paroles sont échangées ici et le silence règne en maître entre les deux personnages principaux. C'est dans ces marges de l'histoire que l'art de Marco Berger se réalise au mieux. 


Le jeu des acteurs est fantastique de justesse et de subtilité. Les plans sont fabuleux et nous font réaliser qu'il est encore tout à fait possible d'imaginer des angles de vue nouveaux, des sens cachés à un montage inattendu, magique, bouleversant. 

Et puis qui dit silence, ou absence de paroles, ne veut pas dire sans musique. Car celle de ce film est tout à fait précieuse. C'est une expérience à elle toute seule. Apaisante et inquiétante à la fois. Rare. Sur ces notes, autour d'une piscine, l'été, deux hommes se regardent, se promènent, se remémorent, imaginent peut-être un futur commun.


Mais chut, ne brisons pas le mystère qui entoure Martin et Eugenio, à moins que vous ne souhaitiez découvrir le film par vous-même. Mais là encore, il fait partie de ces grands moments de cinéma où l'on apprécie de ne pas tout comprendre, alors on les revoit ces films-là encore et encore. Hawaii, est désormais une destination touristique de ma vie de cinéphile.

jeudi 14 août 2014

Visite au Musée Hergé

6 commentaires:
En mai dernier, le Musée Hergé fêtait ses 5 ans d'ouverture. Depuis le temps que nous souhaitions le visiter !! C'est avec une joie non dissimulée que nous avons pris le train Bruxelles-Louvain-La-Neuve pour nous y rendre fin juillet. 

Nous voilà arrivés à l'entrée d'un bois où semble se cacher le Musée. Tintinophiles que nous sommes, c'est avec beaucoup d'émotions que nous découvrons peu à peu le bâtiment architectural de toute beauté.


Une des entrées du Musée
 Entrée principale du Musée
 Ticket d'entrée du Musée

A droite : Brochure d'information du Musée
 

Une architecture apaisante où le visiteur est invité à déambuler dans une atmosphère calme. Bon il faut dire aussi que nous sommes dans les premiers arrivés ce matin...


Oeuvre de Nat Neujean. Le Musée accueille une exposition temporaire consacrée à l'artiste. + d'infos

Près de l'entrée du restaurant "Le petit vingtième"
Près de la sortie du Musée et de la boutique du Musée
 Fin de l'exposition
Une visite de près de 2h30 dans l'univers de l'artiste, nous plongeant dans les aventures du célèbre reporter naturellement, mais pas seulement. C'est aussi l'histoire de la bande dessinée belge qui se déroule sous nos yeux et celle des Studios Hergé. Un travail d'archives et de documentation passionnant permet de découvrir la face cachée de la réalisation des albums de Tintin. Un Musée accessible aux petits comme aux grands, du néophyte à l'amateur éclairé. Un Musée à l'image de la ligne claire d'Hergé, respectueux de l'artiste. 

Le visiteur pourra se régaler et prolonger la visite en franchissant les portes de la librairie, avec notamment le catalogue du Musée et découvrir les nombreuses parutions sur l'oeuvre d'Hergé, les albums en différentes langues, la partie carterie et autres goodies.


Les photos n'étant évidemment pas autorisées dans le Musée lui-même, nous vous invitons à découvrir le site officiel du Musée

lundi 11 août 2014

Le bouc émissaire de Daphné Du Maurier

6 commentaires:

Dernier passage en librairie avec la ferme intention d'y trouver un livre...que je n'ai pas trouvé finalement. Mais peu importe car c'est sur ce roman que je suis tombé...par hasard...et quel heureux hasard !

Le bouc émissaire raconte l'histoire d'un homme qui lors d'une soirée va tomber sur son double. Un homme qui lui ressemble trait pour trait. Un échange d'identité qu'il na pas choisi...mais dont il accepte l'imposture...pour une vie meilleure ?

Dans sa nouvelle peau, celle d'un comte de campagne au bord de la faillite, le lecteur suit avec délectation comment cet homme dont la vie, nous décrit-on est proche de celle d'un raté, va endosser les habits d'un homme à la psychologie et au tempérament radicalement différents de sa personnalité. Les pièges qu'il évite soigneusement au départ pour faire illusion semblent fonctionner à merveille auprès des membres de la famille qu'il rencontre. A tout moment il pourrait se retirer du jeu si l'imposture risque d'être découverte. Mais l'histoire prend un virage plus tortueux et imprévisible quant il est question de soif de rédemption et de destinée.

C'est un scénario très habile que Daphné du Maurier propose à son lecteur qui imagine parfaitement ce que Alfred Hitchcock aurait pu en faire en long métrage. Au delà de l'histoire captivante, j'ai beaucoup aimé le cadre étouffant d'un château dans lequel évoluent les membres de cette famille au bord de l'implosion. Suspicion, rancœur, haine, jalousie sont au rendez-vous pour ce huit-clos suffocant.

L'auteure réussi admirablement à faire passer au lecteur une palette de sentiments variés, passant d'un extrême à l'autre à travers son personnage principal. Tous les sens sont en alerte pour ce dernier qui traque le moindre regard évocateur, la moindre pulsation de veine qui pourraient lui indiquer la marche à suivre pour incarner au mieux son double.

Un roman saisissant qui m'a happé dès les premières pages. Une très belle écriture qui n'a pas perdu une ride (le roman fut écrit en 1957) pour une histoire envoutante. 

Je suis plus que ravi d'avoir découvert l'auteur du célèbre Rebecca dont je connaissais l'adaptation cinématographique d'Hitchcock.

Je vous invite à découvrir ce que pense Manu du prochain livre qui m'attend : Rebecca.  



  

samedi 9 août 2014

François Truffaut à la Cinémathèque

2 commentaires:
Pour commémorer le 30ème anniversaire de sa disparition, ce coffret de 6CD regroupe pour la première fois la chronologie musicale de tous les longs-métrages de François Truffaut.
Il y a 30 ans disparaissait François Truffaut, l'un des cinéastes français les plus célèbres au monde. À l'occasion cet anniversaire, la Cinémathèque Française lui dédie une exposition, la première consacrée au cinéaste. Sur le même principe que l'hommage à Jacques Demy (expo + coffret), la collection Ecoutez le cinéma ! est fière de s'associer à cet évènement.
L'occasion d'un vaste voyage musical dans l'univers d'un cinéaste qui a travaillé avec Georges Delerue, Bernard Herrmann, Antoine Duhamel, Jean Constantin ou Maurice Jaubert. Un cinéaste également épris de musique baroque (Bach, Vivaldi) et de chansons, qui jalonnent cette promenade sentimentale : Jeanne Moreau et son éternel Tourbillon, Boby Lapointe, Charles Trenet, Alain Souchon avec L'Amour en fuite.
Le CD 5 est consacré à des reprises et relectures par des artistes d'aujourd'hui : Alexandre Desplat et le Traffic Quintet, Héléna Noguerra, Vincent Delerm...
CD 1 : Des Quatre-cent coups (1959) à Fahrenheit 451 (1966)
CD 2 : De La Mariée était en noir (1967) aux Deux Anglaises et le continent (1971)
CD 3 : De Une belle fille comme moi (1972) à La Chambre verte (1978)
CD 4 : De L'Amour en fuite (1979) à Vivement dimanche ! (1983)
CD 5/6 : Truffaut après Truffaut : relectures, reprises et réinterprétations
Source

A noter qu'il est déjà paru une intégrale des musiques des films de Truffaut il y a quelques années : voir notre billet.
Autant vous dire que nous nous réjouissons déjà de la sortie de ce coffret qui nous espérons sera de la même qualité que celui réalisé pour Demy/Legrand. 

L'exposition sur Jacques Demy avait été un enchantement (voir le billet). Nous sommes impatients de découvrir l'exposition consacrée au réalisateur à l'automne prochain qui aura lieu à la cinémathèque française à Paris.

Conçue à partir des archives de François Truffaut déposées à la Cinémathèque par sa famille, l'exposition retracera le parcours du cinéaste à partir de scénarios annotés, d'ouvragés raturés, de correspondances, de notes manuscrites et de carnets, d'objets, de photos et d'affiches, et dessinera en pointillés son univers romanesque.

Dossier de presse et informations complémentaires

dimanche 3 août 2014

Françoise Hardy canta in italiano

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Retour de Paris avec dans les valises le disque de la réédition de Françoise Hardy canta in italiano (éditions Vogue / Jolly). Un album composé des adaptations en italien de chansons issues des deux premiers albums de la chanteuse dans les années 1960.


Cette édition cd sortie en Italie en février 2014 reprend les 10 titres du vinyle original (voir photos sur Totally Hardy forum) agrémenté de 12 bonus tracks.


Les chansons qui composent le disque ont été enregistrées en stéréophonie. Françoise Hardy est accompagnées par les orchestres de Marcel Hendrix et d’Ezio Leoni (source).



A découvrir sur ce blog :
Midnight blues - Paris.London. 1968-72
Traume
Je changerais d'avis
Message personnel - réédition

Françoise Hardy - Midnight blues - Paris.London.1968-72